
Vous êtes épatants
J'ai été impressionnée, hier : j'arrive avec mon histoire de théâtrophone en espérant vous faire la révélation bloguesque de l'année pour me rendre compte que non seulement je n'apprenais rien à certains, mais qu'en plus quelques-uns étaient déjà bien plus calés que moi sur la question.
Ainsi Martine m'apprend-elle sur la page Facebook du blog que le système du théâtre à entendre par la ligne téléphonique avait perduré dans les années 1970 pour faire écouter des contes aux enfants.
Sur le blog, Gisèle et Mister K m'apprennent que Marcel Proust était très friand du théâtrophone au point d'en parler abondamment dans ses écrits, et Dumolard que, je cite, "la première expérience de Théâtrophone eut lieu le 19 avril 1881 à l'Opéra pour une représentation de l'opéra Les Huguenots entre la scène et les 2° dessous pour quelques privilégiés, reliés par câbles téléphoniques."
Avec des commentaires pareils, j'ai forcément un peu l'impression d'enfoncer des portes ouvertes avec mon billet d'aujourd'hui, mais je continue mon œuvre en pensant à tout ceux qui, comme moi, ignoraient tout du théâtrophone jusqu'à récemment.
Le théâtrophone, qui permettait d'écouter des pièces de théâtre de chez soi via la ligne téléphonique à l'époque où la radio n'était pas arrivée dans les foyers, a été inventé par l'ingénieur Clément Ader à la fin du 19e siècle.
Notons que le créatif Clément Ader est aussi à l'origine d'une innovation dans la construction des vélos, de la conception d'une machine à poser des rails ("le rail sans fin"), de la fabrication d'un moteur à vapeur très léger ou d'une amélioration du téléphone inventé par Graham Bell, et qu'il est surtout considéré comme l'un des pionniers de l'aviation.
Si l'on n'a jamais pu déterminer avec certitude qu'il était le premier à avoir fait voler un objet plus lourd que l'air (une sorte de chauve-souris mécanique à vapeur baptisée Éole), il a été déterminant dans l'avancée de l'aéronautique, est surnommé le "père de l'aviation" et est l'auteur du mot "avion" formé à partir du mot latin "avis" qui signifie "oiseau".
Clément Ader présente son théâtrophone à l'Exposition Universelle de 1881 et rencontre immédiatement un franc succès parmi le public de l'Exposition malgré quelques esprits chagrins mal à l'aise avec l'idée de reproduction et de diffusion d'un spectacle sur d'autres supports —débats que nous verrons reproduire avec la captation filmée de spectacles un peu plus tard.
Le théâtrophone préfigure la stéréo (avec un écouteur faisant entendre les sons émis à gauche, l'autre les sons émis à droite) et perfectionne le téléphone de Graham Bell en permettant la communication d'un émetteur vers plusieurs destinataires à la fois.
Le système s'exporte au Portugal, en Belgique, en Suède, en Grande-Bretagne et en Hongrie : s'il reste la plupart du temps réservé aux habitants des capitales, il permet au Portugal et en Belgique de faire entendre les spectacles des capitales dans d'autres villes du pays, inaugurant ainsi la décentralisation dramatique avant l'heure…
Victor Hugo en parle dès le 11 novembre 1881 dans son journal, Choses vues, en ses termes : "C'est très curieux. On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent avec le mur, et l'on entend la représentation de l'Opéra, on change de couvre-oreilles et l'on entend le Théâtre-Français, Coquelin, etc. On change encore et l'on entend l'Opéra-Comique. Les enfants étaient charmés et moi aussi. Nous étions seuls avec Berthelot, le ministre, son fils et sa fille qui est fort jolie.".
La compagnie du théâtrophone fondée moins de dix ans plus tard installa des appareils dans des foyers de théâtre, des cafés ou des hôtels. Écouter dix minutes de spectacle coûtait cinquante centimes. S'il s'agissait d'un luxe, disposer d'un théâtrophone à domicile était possible, comme le montre Marcel Proust qui s'y abonne en 1911.
Il écrit ainsi en 1913 à Madame Strauss : "Vous êtes-vous abonnée au théâtrophone ? Ils ont maintenant les concerts Touche et je peux dans mon lit être visité par le ruisseau et les oiseaux de la Symphonie pastorale dont le pauvre Beethoven ne jouissait pas plus directement que moi puisqu'il était complètement sourd. Il se consolait en tâchant de reproduire le chant des oiseaux qu'il n'entendait plus. À la distance du génie à l'absence de talent, ce sont aussi des symphonies pastorales que je fais à ma manière en peignant ce que je ne peux plus voir !"
Je suis sûre que certains d'entre vous auront de nouvelles choses à nous apprendre sur le théâtrophone : par exemple, j'aimerais bien savoir pourquoi l'exploitation en a été arrêtée au début des années 1930 !
Je remercie ce site grâce auquel j'ai rédigé cet article. N'hésitez pas à vous y rendre pour avoir plus de détails sur le théâtrophone...
Bon mercredi à tous.

'+ d'infos sur athenee-theatre.com'Josselin_Passepont.jpg)






