
Mais que fait la police ?
Le Shaga et Savannah Bay de Marguerite Duras se sont terminés ce week-end.
J'ai eu l'occasion de vous dire à plusieurs reprises que Le Shaga se jouait dans la petite salle Christian-Bérard de l'Athénée pendant que Savannah Bay se donnait dans la grande, ce qui n'a pas manqué de faire réagir Mister K, lecteur de ce blog :
"OBJET : au sujet de Christian Bérard, UNE FOTE !!!
MESSAGE :
Bonjour Clémence,
Je suis passé tout à l'heure au théâtre pour réserver des places pour le spectacle mis en scène et joué par Robert Wilson.
Dans votre blog vous écrivez "Christian Bérard" sans trait d'union, c'est normal pour un prénom et un nom.
Or sur l'affiche et le programme de l'Athénée, il y a un trait d'union entre Christian et Bérard. Le pauvre doit se retourner dans sa tombe !!!!
Même chose pour Louis Jouvet avec un trait d'union ! Je ne savais pas que Jouvet était un saint du calendrier !!! Notre langue est suffisamment massacrée, c'est inutile d'en rajouter!
Je gagne quoi pour ces deux remarques ?!!!"
Malheureusement c'est l'affiche et le programme de l'Athénée qui avaient raison, et j'ai bien eu vite fait de me ranger derrière la loi de la raison orthographique sur le blog en intercalant un trait d'union entre "Christian" et "Bérard".
Si nous étions d'accord sur la règle, tout le monde à l'Athénée n'avait cependant pas la même explication, et l'on me dit d'abord que cette orthographe était liée au nombre de mots accolés : quand on a un groupe de mots qui va ensemble ("Athénée Théâtre Louis-Jouvet", "rue Édith-Piaf", "salle Christian-Bérard"), on serait tenté de mettre des traits d'union entre chaque mot puisque tout va ensemble, mais les règles typographiques stipuleraient qu'il ne faut mettre un trait d'union qu'entre les deux derniers mots.
J'avais une autre explication, corroborée par une autre personne de l'Athénée et par une amie éditrice : lorsqu'on donne un nom à un lieu, on lui assigne un trait d'union entre le nom et le prénom (ou entre le premier mot et le deuxième), ceci pour marquer le changement d'un nom qui devient un nom de lieu.
Ce sont les exemples donnés par le Lexique des règles typographiques en usage à l'imprimerie nationale (oui, j'ai ce livre dans ma bibliothèque, tout métier a ses inconvénients) qui nous permettent de trancher.
Le livre stipule à l'article "nom de rue" que "Dans une dénomination composée, tous les éléments, à l'exception de l'article initial, sont liés par des traits d'union". Exemples : "la rue du Chat-qui-pêche, la rue Eugène-Sue, la rue Neuve-des-Boulets, la rue du 25-août-1944, l'impasse des Trois-Visages".
Tout nom ou expression qui devient nom de lieu se retrouve ainsi affublé de trait(s) d'union entre chaque mot, quel que soit le nombre de mots. Voilà pourquoi on écrit "Athénée Théâtre Louis-Jouvet" et "Salle Christian-Bérard" lorsqu'on veut respecter les règles typographiques françaises…
Mister K ne gagne donc rien pour son message (à part la mention de son nom sur cet illustre blog), en espérant qu'il ne m'en voudra pas. N'hésitez cependant pas à m'écrire si vous avez d'autres questions ou remarques !
À l'Athénée, Krapp's Last Tape (La dernière bande) de Samuel Beckett mis en scène et interprété par Robert Wilson commence vendredi ! Attention, il n'y a que sept représentations.
Bon début de semaine !

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Cette affaire de trait(s) d'union(s) m'a fait rire, c'est bon de rire.
En compagnie d'amis philosophes, nous avions disserté sur la beauté du point-virgule afin d'accéder à cette couche d'imperceptible réalité qui précède le langage.
Je descends à l'Atelier22, je dois sauver ma peau.
Palero