
"sitôt qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons"
Qu'est-ce qu'un blog ?
À l'annonce de la création de ce blog que je tiens pour l'Athénée, nous en avons entendu de belles sur Internet en général et les blogs en particulier : pas sérieux, pas rigoureux, trop personnels, invérifiables, plagiaires, incontrôlables, bourrés de fautes d'orthographe, journaux intimes pour internautes en mal de reconnaissance, responsables des difficultés de la presse, les blogs étaient presque unanimement condamnés et l'Athénée jugé suicidaire.
À l'heure où cette opinion est encore largement répandue (essentiellement chez ceux qui n'ont jamais lu de blog, d'ailleurs) et où la France est traversée par de nombreux clivages, il nous a semblé indispensable de nous regrouper et créer du lien.
Avec quelques autres blogueurs écrivant sur le spectacle et les arts (Martine Silber de Marsupilamima, Pascal Bély du Tadorne, Guy Degeorges d'Un soir ou un autre et Jérôme Delatour d'Images de danse), nous vous proposons donc un petit jeu de piste qui vous permettra de découvrir la démarche de chacun.
Chacun d'entre nous a choisi de présenter un blog et de poser une question à son auteur, lequel répond avant de présenter le blog suivant.
Pascal Bély a présenté le blog de Martine Silber ici ; puis Martine Silber a répondu et présenté Guy Degeorges là, lequel a répondu ici avant de me présenter ci-dessous :
Guy Degeorges (blog Un soir ou un autre) :
« Parlons plutôt de Clémence Hérout. Clémence accomplit chaque matin, sinon l’impossible, du moins l’inattendu. Quand, il y a deux ans, Clémence a annoncé qu’elle créait le blog de l’Athénée, et qu’elle y écrirait un billet quotidien, je l’ai félicitée comme tout le monde et lui ai souhaité bonne chance. Comme beaucoup, j’étais persuadé que son entreprise était vouée à l’échec, c'est-à-dire qu’elle ne pourrait jamais trouver chaque matin quelque chose de nouveau et d’intéressant à écrire sur son sujet.
Je me trompais.
Car il suffit aujourd’hui de lire le blog de Clémence pour se rendre compte qu’aucun matin n’y ressemble au précédent. Mais que l’on peut chaque jour y partager sa passion méticuleuse pour les grandes et les petites choses qui font que le théâtre existe : les textes, les idées, les lieux, les textes, les objets, les enjeux, surtout les gens… avec un regard qui sans cesse se déplace, une curiosité qui ne s’épuise pas.
En évitant le piège de la critique de spectacle, mais en explorant tout ce qui rend le théâtre possible, bien au-delà de ce qui ce qui ne concernerait que le seul théâtre de l’Athénée.
Ce faisant, Clémence a créé un nouveau métier (ce qui en revanche n’arrive pas tous les matins!) : celui de bloggeur d’une salle de théâtre, et a établi une distance et une indépendance originale vis-à-vis de son institution.
Pour éviter d’embarrasser Clémence avec plus d’éloges, je vais donc conclure en exprimant un regret, ou du moins une frustration. Clémence écrit très bien. Elle est très jeune (c'est-à-dire qu’elle a bien moins de trente ans) donc est très sérieuse (à l’écrit du moins, mais il est vrai que sinon je la connais peu).
Elle ne laisse dépasser aucune faute d’orthographe, emploie toujours des mots justes, et me vouvoie quand je laisse un commentaire sur son blog…. avec ce côté sciences-po-première-de-la-classe, toujours contrôlé et ne voulant à aucun prix être prise en faute, même si sous la pertinence pointe souvent l’impertinence.
J’ai le sentiment de ne voir que la partie émergée de l’iceberg… quand lirai-je une Clémence réellement emportée? »
Clémence Hérout (blog de Clémence pour l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet) :
« Alors là, mon cher Guy, c'est l'hôpital qui se moque de la charité! Quand a-t-on lu un Guy réellement emporté ? Ce que j'apprécie justement dans les critiques de spectacle que tu publies sur Un soir ou un autre, c'est ton souci constant d'honnêteté intellectuelle et de pondération ; cela n'empêche pas la subjectivité ni la prise de position (et heureusement) : mais, et c'est ce positionnement qui fait ta singularité, je ne te perçois pas comme un blogueur à polémique.
Parlons-en, de la polémique, donc : tu l'as remarqué, ce n'est pas mon fort. J'ai davantage un tempérament médiateur que militant, ce qui ne m'empêche pas néanmoins d'essayer d'éviter à tout prix le consensus mou.
Médiateur, médiation, le mot est lâché : dans mon travail pour l'Athénée, je me vois uniquement comme un relais, une passeuse (tiens, encore un mot qui n'existe qu'au masculin) entre un théâtre, des artistes et leur public. J'essaie de susciter la curiosité, éveiller un intérêt, faire rire et réfléchir si je peux, dans le respect du travail des artistes et de la conscience de mes lecteurs.
Dans les buts que je me suis fixés (et uniquement dans ceux-là, car un blog où j'écrirais des critiques serait sans nul doute dans un esprit très différent), exprimer mes colères, donner mon avis, prendre position, reviendrait à prendre les artistes ou techniciens comme prétexte et mes lecteurs comme otages. Je suis là pour créer des liens, rien d'autre, et on n'a jamais demandé à un pont de raconter sa vie.
Est-ce à dire pour autant que je donne dans le consensuel ? On en connaît, des blogs neuneus (chut, pas de marque), et j'espère ne pas en faire partie : si je préfère m'effacer devant le travail des équipes de l'Athénée et faire le pari de l'intelligence de mes lecteurs, je crois ne pas évacuer tout engagement pour autant, que cela soit dans mes relations avec les uns et les autres ou dans le choix de mes sujets et leur traitement. Bref, je suis une bonne élève et je vous emmerde.
Jérôme Delatour n'est pas un bon élève, lui : il ne publie pas assez d'articles sur son blog Images de danse. On sent que le bonhomme est occupé, mais il faut dire aussi que chaque papier doit lui demander beaucoup de travail.
L'originalité de Jérôme, c'est en effet de lier l'écriture à la photographie : très bon photographe, il capture lui-même les images des spectacles qu'il commente ensuite. Jérôme ne publie qu'une infime partie des photos qu'il prend, mais les lauréates ont été soigneusement choisies : très léchées, ses images expriment le spectacle tout en en conservant pleinement le mystère.
Côté texte, Jérôme n'hésite pas à laisser parler ses humeurs et son ressenti, mais toujours avec une légère distance. Jérôme aime ou n'aime pas, a tout saisi ou n'a rien compris, s'est ennuyé à mourir ou n'a pas vu le temps passer, mais rien de grave : car il y a toujours chez Jérôme une forme d'auto-ironie ou de mise à distance de soi-même, comme s'il voulait nous rappeler qu'il a un avis, que celui-ci est souvent construit, mais qu'il ne restera qu'un ressenti qui lui est personnel.
Cela n'empêche pas Jérôme de prendre résolument parti, d'être un peu brusque parfois : c'est d'autant plus étonnant quand on rencontre cet homme, qui est finalement timide et discret dans la vie. Ses critiques sont comme des petites histoires qui se lisent du début à la fin où il relie souvent les spectacles à des petits ou grands événements de sa vie.
Bref, à l'instar de Guy qui me faisait rougir, je vais finir par gêner Jérôme avec tant de compliments, alors moi aussi j'ai une question : Jérôme, à l'heure où les spectacles mélangent de plus en plus les disciplines artistiques, y a-t-il véritablement un sens à ne parler que de la danse ? En bref, quand passeras-tu de l'indiscipline à l'interdiscipline ? »
Jérôme Delatour (blog Images de danse) :
« Ma chère Clémence, me voilà déshabillé pour l'été... Pourquoi que la danse, il y a tellement de raisons que je n'en finirais pas : parce que la danse est l'art du corps, et que le corps est ce que nous avons de plus essentiel, de plus beau et de plus politique ; ou parce que… »
Pour lire la suite, rendez-vous ici, sur le blog de Jérôme : Jérôme m'y répond avant de présenter le blog de Pascal Bély pour boucler la boucle.
En espérant vous avoir fait découvrir de nouveaux auteurs, j'espère que ceux d'entre vous qui tiennent un blog en rapport avec les arts vivants se manifesteront auprès de moi : il n'y a pas de raison que nous ne soyons que cinq à avoir droit à notre quart d'heure de gloire, et je sais déjà qu'il y a parmi vous l'auteure de La Parafe et quelques-uns du Théâtre du Blog. Citons également le journal internet Les Trois Coups.
À la semaine prochaine à l'Athénée pour la première d'Oh les beaux jours !
NB : le titre est une citation de la chanson Le pluriel de Georges Brassens.

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Cet article est une excellente idée ! Découvrir de nouveaux blogs qui fonctionnent bien est encourageant, et j'ai pu constater qu'avec Marsupilamima - déjà croisée sur Twitter - nos intentions "bloguesques" étaient très proches.
Voilà, je me manifeste en mettant une nouvelle fois un commentaire sur ce site qui m'inspire beaucoup, et qui en plus me fait l'honneur de citer mon blog.
A très bientôt,
F.