
La farfelue du jardin des plantes
Les amours tragiques de Pyrame et Thisbé se joue à l’Athénée dans une mise en scène de Benjamin Lazar qui s’inspire du théâtre baroque (l’interview qu’il m’a accordée est ici).
Mais comment les comédiens jouaient-ils aux 17e et 18e siècles en France ?
Le sujet est trop large pour être abordé dans son intégralité ; je laisse donc de côté les costumes, décors, scène, gestuelle et déplacements pour vous livrer quelques indications sur la diction et la déclamation :
La prononciation est essentielle, car la phonétique a évolué depuis le 17e siècle : le français ne se prononce pas de la même manière qu’aujourd’hui, d’autant plus qu’à cette époque, la déclamation sur une scène de théâtre ne faisait pas entendre les mêmes sons qu’une conversation courante (autrement dit, on ne prononçait pas le français au théâtre comme on le prononçait dans la vie).
Par exemple, sur les scènes de théâtre du 17e siècle :
- on roulait les R
- on ne disait pas “le roi” mais “le roué” (pour les connaisseurs en phonétique, le son [wa] se prononçait [we])
- la plupart des consonnes finales se prononçaient (sur des mots comme “moins” ou “joug” par exemple)
- l’on faisait entendre le E muet [ë] pour distinguer les rimes féminines (vie, heure, constance...) des rimes masculines (permis, mourir, sort...)
Au niveau de la déclamation, l’alexandrin se disait selon un tempo précis que l’on pourrait qualifier de déclamation “en accent circonflexe” :
Ainsi, la première partie (les six premiers pieds) du vers se disait avec une montée de la voix. Après une pause plus ou moins longue à l’hémistiche (la moitié du vers), la seconde partie était marquée par une descente de la voix.
Le rythme du vers se construit également grâce à des accents d’intonation, c’est-à-dire que des syllabes précises du vers sont accentuées selon le sens du texte (on met l’accent sur des mots à forte charge émotionnelle) ou selon des règles phonétiques.
Si l’alexandrin n’a pas été conçu pour être musical, la déclamation du 17e siècle, parce qu’elle visait à mettre la langue française en valeur, donnait des intonations musicales au texte de théâtre.
Pour en savoir davantage sur le jeu de l’acteur baroque, la référence bibliographique incontournable est La Parole baroque d’Eugène Green.
NB :pour écrire ce billet d’initiation à la prononciation baroque, j'ai repris mon cours sur l’art de l’acteur aux 17e et 18e siècles suivi à l’université.
Je remercie donc tout spécialement son auteure, Julia Gros de Gasquet, qui s’était auto-surnommée “la farfelue du jardin des plantes” après nous avoir donné un cours en plein air pour échapper à une salle de classe en surchauffe. ?Plusieurs promeneurs du Jardin des Plantes (Paris 5e) s’étaient d’ailleurs assis parmi nous pour écouter l’intégralité du cours, soit tout de même deux heures sur la technique de l’acteur baroque: à croire que, contrairement à ce qu’on nous dit, le théâtre intéresse encore du monde.
Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau se joue à l’Athénée jusqu’à demain !
Bon week-end.
PS : comme je vous l’avais promis, voici le nombre de bougies utilisées pour le spectacle : cent soixante bougies brûlent chaque soir sur le plateau des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé.

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Je monte en ce moment un spectacle que j'ai intitulé Amoroso et je donne à jouer à 4 comédiens des textes de l'époque baroque. Vos indications me seront d'un grand secours.
Exemple :
Réveillez-vous jeunes dames qui dormez et pour amoureux priez :
que Dieu leur doint soulas et joye.
Il fait bon dormir sur un lit entre les bras de son ami quand on y prend soulas et joye.
Rossignolet du bois joli, ôtez mon ami de souci et l'amenez sans qu'on le voye
Très doux penser, Dieu te pourvoye .
les finales z sont-elles prononcées? toutes ou qqunes?
joli =ioli ?
Si vous avez la possibilité de me donner ces indications, je vous en remercie d'avance! Sinon je vais essayer de me procurer le dit ouvrage.
Merci et à bientôt dans la prochaine news letter.
joye = jouèï ?
Je me suis retrouvé inscrit à ce blog, je ne sais comment, sans doute parce qu'à une époque je recevais la newsletter de l'athénée et j'avoue avoir pris le temps de lire vos 3 derniers billets et ne pas le regretter. Bravo pour votre travail et bonne continuation.
Des bougies à l'athénée comment est-ce possible ? J'ai tourné un film d'époque il y a peu dans le théâtre et nous nous sommes vus refusés l'utilisation des bougies !!!!!
@+
"PS : comme je vous l’avez promis, voici [...]"
...
Merci de ce blog, Doulce Clémence.
Mais, de grâce, relisez vos écrits.
à bientôt de vous lire...
Tout d'abord, j'espère que vous avez apprécié le spectacle ! Je ne pouvais pas être à l'Athénée samedi, ayant un mariage programmé à Toulon depuis... ben depuis longtemps.
Félicitations pour votre projet de mise en scène! Il faudra me prévenir de vos dates de représentation si vous ne jouez pas trop loin de Paris.
Pour les indications que vous me demandez, je préfère vraiment m'abstenir. C'est un sujet compliqué qui nécessite beaucoup de recherches, et je ne suis vraiment pas spécialiste en la matière : j'aurais peur de vous dire des bêtises!
Je vous conseille le livre d'Eugène Green, ou celui que Jérôme conseille dans un commentaire en-dessous du vôtre. Bonne chance !
Bonjour Sermar,
Oui, les personnes inscrites à la newsletter de l'Athénée reçoivent également le blog, voilà pourquoi!
Concernant les bougies, je ne connais pas le détail du tournage dont vous parlez (où ils souhaitaient mettre les bougies, combien il y en avait, le nombre de figurants et d'acteurs, s'ils avaient des membres du personnel technique formé en sécurité incendie etc.), mais il est vrai que mettre des bougies sur une scène de théâtre demande des mesures de sécurité et du personnel particuliers : voilà pourquoi on ne peut pas le faire à la légère !
Merci en tout cas pour votre compliment et à bientôt.
Bonjour Jérôme,
Merci pour les précisions et les conseils bibliographiques ! On sent le spécialiste... :-)
À très vite.
Bonjour Richard,
À écrire tous les jours depuis deux ans, on en arrive immanquablement à en faire des fautes, même en se relisant...
Celle-ci aura au moins eu le mérite de prouver que mon "je" met un tel point d'honneur à aller vers le "vous", mes chers lecteurs, qu'il va jusqu'à fusionner dans la conjugaison...
Désolée en tout cas que vous soyez tombé sur ma faute trimestrielle, merci de l'avoir signalée, et à dans trois mois pour la prochaine :-)
Bien à vous.
Merci pour ce billet, qui m'a donné l'idée de faire un post à mon tour sur notre blog.
Comme quoi dans le web, c'est la qualité du contenu qui prime!
Cordialement
http://lefilrouge.eu/WordPress/2010/06/14/les-amou...
Très sincèrement, un grand merci pour votre article qui m'a beaucoup touchée. L'important pour moi est de travailler pour le public sans démagogie et loin du marketing, dans les contraintes du web mais sans sacrifier le contenu pour autant : je suis heureuse de voir que pour certains, l'objectif est atteint !
Merci encore et à bientôt.