
Êtes-vous favorables à la peine de mort?
En septembre 2006, un sondage publié par TNS-Sofres montrait que quatre Français sur dix étaient favorables au rétablissement de la peine de mort.
En interdisant la peine de mort en 1981, la France était très en retard par rapport au reste de l’Europe, le grand duché de Toscane ayant légalement aboli la peine de mort dès 1786, suivi par le Portugal en 1867, la Hollande en 1870 ou la Norvège en 1905.
(Quelques autres dates --> Suède: 1921. Danemark: 1930. Suisse: 1942. Italie: 1944. Finlande et Allemagne de l'Ouest: 1949. Autriche: 1950. Grande-Bretagne: 1965. Espagne: 1978.
La Chine, l’Iran, Singapour, l’Indonésie, le Japon ou les États-Unis pratiquent encore la peine de mort, même si une quinzaine d’États des États-Unis l’ont abolie (la Cour Suprême américaine avait d’ailleurs bloqué l’application de la peine de mort de 1972 à 1976, considérant qu’elle contredisait le huitième amendement de la Constitution).
La peine de mort pose trois questions essentielles: la société et l’État peuvent-ils juger du destin d’une personne humaine et avoir droit de vie ou de mort sur leurs citoyens?
La peine de mort a-t-elle valeur dissuasive et exemplaire, diminue-t-elle la criminalité?
Si l’on supprime la peine de mort, par quoi la remplacer et peut-on réintégrer des criminels dans la société?
Dans la colonie pénitentiaire de Franz Kafka (1914) raconte l’histoire d’un observateur en visite sur une île-prison où doit se dérouler une exécution cruelle: ce n’est pourtant pas vraiment la question de la peine de mort et de la torture qui interpelle à la lecture, mais plutôt la passivité du visiteur venu assister à l’exécution.
Lorsque le compositeur Philip Glass utilise la nouvelle de Kafka pour en faire un opéra créé en 2000 à Seattle, c’est davantage la peine capitale qui est mise en question dans un pays qui la pratique toujours.
Dans la colonie pénitentiaire, opéra de Glass d’après Kafka mis en scène par Richard Brunel et dirigé par Philippe Forget, se joue jusqu’à samedi à l’Athénée: faites-vous partie des 42% des Français favorables à la peine de mort, des 52% qui s’y opposent ou des 6% sans opinion? N’hésitez pas à répondre au sondage sur le blog.
Bon mardi.

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Dans ce qu'il reste de démocratique, cette question ne se pose pas. Le pouvoir détient tellement de moyens de coercitions beaucoup plus efficaces que la peine de mort que celle-ci est devenue un sujet d'humour. Cela n'a jamais été un moyen de lutte contre la criminalité, mais un outil idéologique. D'ailleurs, qu'est-ce qu'un criminel ? Un type qui assassine un individu ici ou là, un général qui envoie à la mort ses troufions dans les tranchées, ou qui les fait exécuter pour insubordination, un militaire qui balance sa bombe atomique sur des civils, un industriel qui fabrique des armes ??? Quel est le degré de criminalité autorisé ??? Qui peut en juger ? Un humain mais à quel titre, ou un dieu s'il en existe (ce dernier étant alors un criminel complice) ?
Ce que vous écrivez ensuite nous semble, à vous comme à moi qui sommes opposés à la peine de mort, évident.
Il n'en est pas moins que deux choses méritent à mon avis d'être interrogées : pourquoi, presque 30 ans après l'abolition, près de la moitié des Français sont-ils encore favorables à la peine de mort? Pourquoi deux démocraties, le Japon et les États-Unis, la pratiquent-elles encore sans que cela provoque un quelconque débat au sein de leur pays? Être surs de nos convictions ne doit pas nous empêcher de nous poser quelques questions....
Je pense très sincèrement que ton "sondage" est une énorme erreur.
La peine de mort a été abolie en France en 1981. La France ne peut pas la rétablir sous peine de sortir de l'Europe.
Ce n'est donc plus un sujet de discussion en ce qui concerne la France. Merci à Monsieur Badinter.
Pour participer à la lutte pour l'abolition de la peine de mort dans les pays qui continuent à pratiquer cette peine honteuse pour l'humanité : Amnesty International 76 boulevard de la Villette 75940 Paris Cedex 19 - téléphone 01 53 38 65 65.
Cécile Espérou-Kenig
Je souhaitais tout d'abord souligner que la France avait été très en retard dans l'abolition légale, et m'étonnais ensuite que celle-ci ne fasse toujours pas l'unanimité dans notre pays : il suffit par exemple de lire les commentaires d'internautes sur les sites d'informations! Dès qu'il y a une affaire de pédophilie, de viol ou de meurtre en série, près d'un quart des commentaires en appellent en rétablissement de la peine de mort pour tel ou tel type de crimes.
De même, le sondage TNS Sofres réalisé en 2006 montre que près d'un Français sur deux est favorable au rétablissement de la peine de mort. Enfin, elle reste pratiquée dans de nombreux pays dans le monde et en particulier dans deux démocraties, les États-Unis et le Japon, où elle ne semble pas faire débat. Pour moi, c'est donc se voiler la face que de s'imaginer que tout le monde est d'accord sur la question.
En bref, cela m'aurait intéressée d'avoir le point de vue construit d'une personne française d'aujourd'hui favorable à la peine de mort, parce que c'est justement quelque chose que, personnellement, je n'arrive pas à concevoir. J'aimerais juste comprendre, est-ce un problème? Je ne fais de surcroît que relayer le sujet de Dans la colonie pénitentiaire, l'opéra actuellement joué à l'Athénée...
Si j'avais fait un billet sur l'avortement en précisant qu'il n'est pas encore légalisé dans toute l'Union Européenne ou sur les discriminations raciales en rappelant le score élevé du Front National aux dernières élections, on m'aurait sans doute taxée d'anti-IVG das le premier cas et de lepéniste dans le deuxième..... Cela me rappelle le jour où, l'Athénée étant en grève, j'avais lancé un sondage pour savoir si mes lecteurs étaient pour ou contre cette grève nationale : on m'avait immédiatement traitée d'anti-gréviste de droite.... C'est sûr, poser des questions, c'est toujours un peu suspect...
plutôt lecteur discret de ce blog, mais néanmoins habitué, je ne peux que m'étonner des différentes réactions "accusatrices" à l'encontre de Clémence.
En effet, je tiens à rappeler que ce que nous raconte Clémence, n'est qu'une traduction par écrit (et par un sondage) des interrogations qui sont présentes dans la pièce La Colonie Pénitentiaire. Car c'est bien de cela dont il s'agit : de théâtre !!
Kafka, Glass, Brunel et Forget interrogent. Clémence, avec son ton bien à elle, interroge à son tour, interpelle même. Mais elle conclut avec justesse : "C'est sûr, poser des questions, c'est toujours un peu suspect..."
Je dois dire par ailleurs que pour autant, je ne partage pas totalement ses vues sur ce sujet. Seulement, je salue la prise de risque d'un tel "post". Mais en la saluant ainsi, c'est Kafka (du moins par le prisme de Glass) à qui je rend hommage : n'est-ce pas l'un des plus beaux compliments que l'on puisse faire à un auteur que près d'un siècle plus tard ses écrits soient encore percutant et "d'actualité" ?
Et merci de votre message. Merci de rappeler qu'il s'agit effectivement au départ d'une question posée par l'opéra Dans la colonie pénitentiaire actuellement à l'Athénée, et bravo pour votre jeu de mot (involontaire?) sur le "prisme de Glass" :-)
À bientôt!
Le sondage c'était peut-être une faute de goût, mais bravo pour ce billet et le courage de prolonger intelligemment les problématiques induites par des pièces comme celle de Kafka.
Dire que la peine de mort est abolie (et heureusement , de mon point de vue), que ce n'est plus un sujet, et poser là dessus le couvercle, ne répond à la question que tu poses quant aux regrets exprimés par une partie de l'opinion.
Tu pose le problème de la peine de mort d'une manière assez fonctionnelle (l'effet dissuasif, la réinsertion) et philosophique aussi, peut -être être faut il le penser d'un point de vue sociologique ou ethnologique, même si cela est dérangeant. Quelle soif de rétribution symbolique la "vengeance publique" satisfait elle de tout temps en réparation des crimes de sang?
Le sondage, c'était surtout pour pousser les gens à réagir. Après, comme je l'ai dit plus haut, j'espérais plutôt les réactions des gens qui ne partagent pas mon avis. Merci en tout cas de me confirmer que la peine de mort ne semble pas un sujet clos dans le monde d'aujourd'hui... Effectivement, la question de la vengeance est centrale pour aborder le sujet, la justice étant un délicat équilibre entre la punition et la réinsertion....
À la question "Êtes-vous favorables à la peine de mort?", 0% ont répondu "Oui", 6% ont répondu "Oui pour certains délits précis", 94% ont répondu "Non", 0% ont répondu "Ne se prononce pas".