Dans la gueule du loup

À l'Athénée, il n'y a pas que du théâtre : la pianiste Claire-Marie Le Guay est en résidence ici depuis trois ans et des concerts auront lieu régulièrement en collaboration avec la Fondation Royaumont et l'Orchestre de Paris tout au long de la saison.

Samedi prochain à 15h, vous pourrez entendre des Lieder de Hugo Wolf. Et là, j'entends d'ici ceux qui se demandent ce qu'est un Lied tout comme ceux qui s'interrogent sur Hugo Wolf.


Côté Lied, je sais que je vais me faire des ennemis parmi les connaisseurs en proposant une définition de trois lignes, mais tant pis : « Lied » est un mot allemand (d'où la majuscule et le pluriel en « Lieder ») qui se traduirait en français par « chanson » et qui désigne un court morceau de musique vocale.
Il s'agit le plus souvent d'un texte chanté par une seule personne, accompagnée en général d'un piano (mais parfois aussi d'un petit ensemble instrumental). Le texte est le plus souvent un poème que le compositeur a choisi de mettre en musique : aussi le Lied est-il en général considéré comme l'union de la musique et de la poésie.
Les compositeurs de Lieder les plus célèbres sont Schubert (parfois considéré comme le véritable inventeur du genre avec des cycles comme La Belle Meunière ou Le Voyage d'Hiver), Brahms, Fauré, Mahler, mais aussi Wolf.


Hugo Wolf est un compositeur autrichien né en 1860 et mort en 1903 qui a transformé le genre du Lied. Admiratif du génie de Wagner, il est d'abord critique musical avant de se consacrer à la composition. Il compose des Lieder à une vitesse incroyable, à raison d'un ou deux par jour, pour arriver à un total de deux cent quarante-deux Lieder au terme de sa courte carrière de compositeur.
Il choisit des textes très variés : des poèmes d'Eduard Mörike, Joseph von Eichendorff ou de Goethe, des textes populaires ou encore des recueils religieux. Ce qui frappe dans les Lieder de Wolf, c'est  sans doute leur force dramatique : l'atmosphère y est pleine d'humour, de rêve et de sensibilité. Ses chanteurs sont d'ailleurs appelés à être aussi de bons comédiens, et la façon dont ils doivent interpréter le texte est clairement inscrite dans la partition, Wolf notant les pauses et inflexions du texte de façon à s'approcher le plus possible de la voie parlée.
Loin d'être un simple accompagnateur, le piano est en outre élevé au même rang que la voix dans une harmonie complexe et subtile qui désoriente les critiques de son époque (mais pas le public, qui accueille généralement chaleureusement les Lieder de Wolf).


Samedi, vous pourrez découvrir les Lieder de Wolf dans un concert d'une heure interprété par Edwin Crossley-Mercer et Shigeko Hata au chant et Karolos Zouganelis et Michaël Guido au piano. Le concert est proposé dans le cadre du cycle « 4 récitals pour 6 chanteurs » qui réunit l'Athénée et la Fondation Royaumont.
En attendant, vous pouvez écouter gratuitement (et légalement) quelques-uns de ses Lieder dans l'interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau et Harmut Höll ici.

Oncle Vania continue à l'Athénée jusqu'au 30 octobre ! Ce soir, vous pourrez rencontrer l'équipe du spectacle après la représentation.

NB : « Wolf » signifie « loup » en allemand.

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