Ma vie privée ne regarde que moi (et ceux qui éventuellement la partagent)

Curieux mot que celui de “mademoiselle” qui ne possède pas d’équivalent masculin et permet d’établir sur une simple salutation si une femme est mariée ou non.

“_Mademoiselle, ou Madame, peut-être?”  est ainsi une façon plus ou moins élégante (et souvent un peu agaçante) de s’immiscer dans la vie privée d’une femme, mais aussi d’évaluer son âge.

L’emploi du “mademoiselle” est en effet fréquemment réservé aux jeunes filles, et le “madame” dans la bouche d’une vendeuse de produits de beauté peut apparaître comme une pique contre son gré (tout comme le “mademoiselle” à une femme plus âgée devient un compliment déguisé).

“Mademoiselle” fut parfois désigné pour désigner les actrices, même mariées, et fut aussi l’un des surnoms de la guillotine (je n’ai pas dit que c’était lié).

Si le “mademoiselle” tend peu à peu à disparaître des formulaires, il subsiste dans le langage courant mais pas dans l’œuvre de Philippe Boesmans: adaptant la pièce Mademoiselle Julie de Strindberg pour son opéra, le compositeur belge laisse de côté les titres de politesse et ne garde que le prénom de son héroïne.

Julie tout court sera représenté à l’Athénée du 8 au 13 janvier.

 

 

PS : ce soir, venez à la Médiatèque Musicale de Paris assister à une rencontre-concert avec Philippe Boesmans, l'équipe du spectacle et le Quatuor Tana. Rendez-vous à partir de 19h au Forum des Halles, l'entrée est libre. Plus d'informations ici.

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Serco's Gravatar Bonjour,

Et meilleurs voeux à toute l'équipe.

Juste pour ajouter également que "Mademoiselle" est utilisée pour héler la serveuse du restaurant, quel que soit son âge. Il est vrai que ce n'est plus guère utilisé de nos jours, et ce terme est devenu d'usage un peu... usé.

Bien à vous, chère Madame ou Mademoiselle Clémence ???

Serco
# Posté par Serco | 06/01/10 09:48
marcel kermess's Gravatar Titre un peu comique pour une blogueuse , ma foi !!
Enfin, la vie professionnelle des gens regarde qui ??
La vie interne de l'Athénée est elle privée ??
vaste sujet ...
Tu vas devoir autodétruire ton blog à ce rythme !!
Enfin bref.
Le breton empêcheur de tourner en rond a encore frappé !!
le débat est ouvert !!
Bloavez mat !!!
# Posté par marcel kermess | 06/01/10 10:00
Jean Van Hée's Gravatar Le masculin de "mademoiselle" n'est-il pas demoiseau (au moyen-âge) ? ou page ? à moins que demoiseau ait un autre sens.

Quant à dire mademoiselle à une femme plus âgée, n'est pas un compliment mais un coup à se prendre une baffe pour insolence. La dernière fois que je m'y suis risqué par erreur, j'ai rapidement compris mon erreur (sans la baffe, on est bien élevé tout de même).

(nb: le texte promis n'est pas oublié).
# Posté par Jean Van Hée | 06/01/10 10:16
Jérôme Delatour's Gravatar Demoiselle vient du bas-latin domnicella, diminutif de domina (maîtresse de maison). Le sens du mot a beaucoup varié : pendant une bonne partie du 17e siècle, il désignait encore une femme mariée de la petite noblesse ou de la bourgeoisie.

Nous sommes aujourd'hui prisonniers de notre langue, puisque la politesse veut que nous interpellions les gens que nous ne connaissons pas pas leur statut social.

Pour les femmes, en français, il n'existe que deux mots : mademoiselle ou madame (et il n'y en a pas pour les enfants, fait remarquable qui souligne le peu de place fait aux enfants dans la société classique).
Dilemme terrible, d'autant qu'il devient de plus en plus impossible de savoir si une femme est mariée ou non, car nous avons quitté la société des signes - celle où tout était codé, par le langage et l'apparence, de façon à assigner à chacun une place précise. Aujourd'hui, une femme non mariée peut avoir des enfants sans être une putain, une femme mariée peut ne pas porter d'alliance, ses enfants peuvent porter son nom de famille et non celui de leur père - et porter aussi, par ailleurs, un prénom qui n'appartient ni à leur religion ni à leur nation... Les codes vestimentaires ont presque disparu également, les jeunes filles adoptant de plus en plus la mode des adultes.
Notre société de tolérance fantasmée aboutit à une société de l'indifférenciation, et au bout du compte, peut-être, de l'indifférence.

Par délicatesse, je crois qu'on appelle généralement une femme d'un certain âge "Madame", pour ne pas insinuer qu'elle a pu rester "demoiselle", synonyme dans ce cas de vieille fille.
# Posté par Jérôme Delatour | 06/01/10 12:16
Clémence's Gravatar Bonjour, merci à tous pour vos analyses! Je trouve de surcroît très intéressant que vous soyez tous des hommes :-)

Cher Serco, je ne suis pas mariée, et j'ai moins de 25 ans. Je crois donc que le "mademoiselle" s'impose (ou pas, hein). Le mademoiselle était également exclusivement utilisé pour les opératrices de téléphone qui, dans les années 50, mettaient les correspondants en relation. Toujours dans la catégorie des rapports aux clients, si vous travaillez dans l'accueil et que votre interlocuteur commence sa phrase par "écoutez mademoiselle", c'est en général le signe d'un conflit contenu mais également l'expression d'un petit mépris du type "je sais que j'ai raison, et ce n'est pas une gamine dans ton genre qui va m'expliquer la vie alors que je pourrais être ta mère".

Cher Marcel Kermess, ma vie privée ne regarde pas les lecteurs du blog (et heureusement que je ne vous raconte pas ce que je me suis fait à manger hier soir! Enfin bon, puisque vous demandez, un gratin patate douce et potiron et de la polenta). Quant à la vie privée de l'Athénée, elle semble intéresser les cinq mille lecteurs inscrits à ce blog -mais notez bien que je sélectionne les sujets que j'aborde, et que je ne vous ai jamais servi des billets relevant du potin, en tout cas je crois...

Cher Jean,
Effectivement, "damoiseau" (et non dEmoiseau) est un masculin de "mademoiselle" et désignait un gentilhomme pas encore chevalier, ou un soupirant. Mais avouez qu'il n'est pas très utilisé... Ou alors je veux bien garder le "mademoiselle" si on réhabilite le "damoiseau". :-)
Quant à votre presque claque, je n'en reviens pas! Peut-être que cette personne s'est sentie insultée qu'on sous-entende qu'elle n'était pas mariée... C'est également ce que Jérôme nous indique, juste en-dessous de votre commentaire.

Cher Jérôme,
Merci beaucoup pour toutes vos précisions et vos analyses très fines. Quant à l'absence de titres pour les enfants, je me suis déjà fait la réflexion et me retrouve souvent à bafouiller des "bonjour jeune homme" et autre "bonjour, comment tu t'appelles?" aux enfants que je rencontre.
Effectivement, le mot "mademoiselle" paraît d'autant plus désuet que les signes du mariage se dissolvent et que beaucoup de couples vivent de façon maritale. Je ne développe pas sur le look de certaines petites filles de douze ans qui s'habillent comme des poufs de vingt-cinq (cela m'inquiète toujours un peu quant à l'évolution de notre société).
Enfin, sur la question de la tolérance menant à l'indifférence, je ne partage pas votre analyse : j'ai le sentiment que notre société est au contraire toujours très codée mais, c'est bien là le problème, en niant l'être. L'hypocrisie de la tolérance généralisée et de la soi-disant fin des carcans a en fait abouti à une norme (dans le sens de "normalisant") envahissante où il faut être heureux, faire carrière, avoir des enfants mais pas trop, être mince et beau, faire du sport, manger des légumes, avoir une sexualité épanouie et active (tout en lisant les préceptes disponibles dans les dossiers sexo des magazines féminins), être une femme battante mais pas trop quand même pour ne pas perturber le rôle protecteur de l'homme, être un homme sensible mais pas trop quand même parce qu'il faut être un homme un vrai, ne pas vieillir (ou alors vieillir sans rides), ne pas être choqué par l'étalage de corps nus dans les médias... La présence de codes est normale dans l'organisation d'une société, mais j'ai l'impression que nous sommes passés à un autre stade de nivellement généralisé qui, et c'est sans doute le pire, ne dit pas son nom. Je ne prétends pas moi-même être hors de cette norme, d'ailleurs.
# Posté par Clémence | 13/01/10 10:24
Jean Van Hée's Gravatar Chregneugneu ! Quand Clémence se lance (dans sa réponse à Jérôme), c'est pire qu'un cheval au galop (j'ai hésité à dire une jument au galop, cela aurait fait macho alors qu'il n'y a que des hommes qui ont été interpellés par la question sur les demoiselles).
Pour le reste, le propos de Clémence ne nécessite pas de contester une assertion ni d'ajouter un item. C'est tout simplement parfait. Mais il est vrai que l'homme est moins sensible à cette normalisation qui l'impacte moins qu'une femme, plus attachée au regard des autres (de par sa féminité mais aussi à cause de la pression de la société). Ainsi, il est compréhensible que Jérôme finisse sur l'indifférence avec la précaution d'usage : peut-être. Ah ! ces hommes.

Désolé de ne pas avoir contrôlé l'orthographe de damoiseau. Et pourtant, je le savais. J'espère que sur les billets de ce soir tard dans la nuit, il n'y a pas trop de fautes d'accord, d'orthographe et d'attention... Les yeux et les neurones ne sont plus forcément en pleine puissance d'action.
# Posté par Jean Van Hée | 13/01/10 23:41
Clémence's Gravatar Cher Jean,
J'espère que je ne ressemble pas physiquement à une jument.... En apparence, les femmes semblent effectivement davantage soumises à la norme, mais à la vérité j'ai l'impression que les hommes subissent beaucoup de pression également : c'est sans doute dur d'être un homme, un vrai, mais nous pourrons peut-être continuer à débattre de cette question avec le spectacle de Guillaume Gallienne qui commence demain à l'Athénée...
# Posté par Clémence | 20/01/10 21:00

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