
Documentons-nous
Les îles d’Aran sont un archipel au large de l’Irlande : vierges de végétation, battues par les vents, on a du mal à imaginer que des hommes aient choisi de s’installer sur ce qui était au départ inhabitable. Six cents kilomètres de murets de pierre parcourent l’île pour la protéger des vents et les terres ne sont devenus cultivables qu’après l’action acharnée de l’homme.
Robert Flaherty est considéré, avec Dziga Vertov, comme le créateur du documentaire : c’est un peu ainsi que le cinéma a commencé, les frères Lumière ayant choisi de capter de courts instants de réel, même un peu arrangés, pour les premiers films de cinéma comme La Sortie de l’usine Lumière à Lyon ou L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat.
Une vingtaine d’années après les frères Lumière et leur invention du cinéma, Robert Flaherty tourna plus de 18 000 mètres de pellicule lors de deux ans passés dans une famille esquimau pour en filmer la vie quotidienne : en 1922, Nanouk l’Esquimau, commandité par une marque de fourrure, sort sur les écrans et invente pleinement le genre du documentaire.
En parfaite empathie avec les gens qu’il filme, Flaherty tient non pas à proposer le regard que lui porte sur ses sujets mais bien à restituer le regard que Nanouk et sa famille portent sur eux-mêmes : en d’autres termes, que le film ne porte pas sur la vision du cinéaste mais qu’il rende compte au plus juste du combat de l’homme contre la nature.
C’est toujours dans cette idée d’aborder l’harmonie (ou le désaccord) entre l’humain et son milieu naturel que Flaherty se rend deux ans, de 1932 à 1933, sur les îles d’Aran pour y tourner L’Homme d’Aran, considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus grands documentaires de l’histoire du cinéma : les hommes y luttent chaque jour pour leur survie dans un milieu hostile et Flaherty invente l’anthropologie cinématographique.
Moins de cinq ans plus tard, John Millington Synge écrit la pièce à l’origine de l’opéra Riders to the Sea qui commence la semaine prochaine à l’Athénée : il a vécu trois ans sur l’une des îles d’Aran et y situe l’action de Riders to the sea. Pêcheurs perdus en mer, tempête et rochers sont au cœur de l’opéra qui évoque avec intensité la violence des conditions de survie sur ces îles à la fois impitoyables et féeriques.
Lundi soir à 20h, vous pourrez voir au cinéma Le Balzac, dans le 8e arrondissement de Paris, l’immense Homme d’Aran de Flaherty : faites d’une pierre deux coups et découvrez des extraits de Riders to the sea interprétés avant la projection par l’équipe du spectacle...
L'opéra Riders to the sea commencera mercredi à l’Athénée dans la mise en scène de Christian Gangneron et la direction musicale de Jean-Luc Tingaud : le spectacle dure une heure, et des extraits et photos sont disponibles sur le site de l’Athénée.
Bon week-end avec Cosi fan tutte à l’Athénée et à la semaine prochaine pour L’Homme d’Aran et les débuts de Riders to the Sea !

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Pour celles et ceux que ça intéresse, je signale la passionnante analyse du film (genèse, style, place dans l'histoire du documentaire) par l'excellent documentariste Jean-Louis Comolli, que l'on peut écouter et mêmere télécharger sur le site de la Bpi (la bibliothèque de Beaubourg)
http://archives-sonores.bpi.fr/index.php?urlaction...
Et pour ceux qui auraient raté le film au Balzac il y a dans ladite bibliothèque la séance de rattrapage, mais nettement moins bien, sur petit écran et sans l'équipe de l'Athénée !
Cordialement,
Monique
À bientôt sur Riders to the Sea?
Cordialement.