
C'est absurde !
"Je ne comprends pas pourquoi on a parlé d'absurde pour définir Samuel Beckett" déclarait Bernard Levy, metteur en scène d'En attendant Godot qui se jouera bientôt à l'Athénée, pendant une répétition.
Jean-Luc Vincent, son assistant, s'interroge aussi sur la pertinence de ce terme aujourd'hui :
"Il y de l'absurde dans la présence même de ces personnages perdus au milieu de nulle part, c'est sûr, mais ce qui se passe sur le plateau est loin de l'être autant! Les personnages sont très construits, peuvent être incarnés, ce ne sont pas seulement des figures. Le terme d'"absurde" est très utile pour établir des distinctions littéraires, sans doute nécessaires, et a eu du sens dans les années 1960 par rapport à tout un contexte intellectuel, mais il regroupe aujourd'hui des écritures complètement différentes. Chez Beckett, l'absurde ne me semble pas être si présent que cela."
À l'origine
Utilisé pour définir la littérature d'Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Albert Camus, Harold Pinter, Arthur Adamov ou parfois Jean Genet, le terme de "théâtre de l'absurde" a été forgé au début des années 1960 par le critique et écrivain Martin Esslin dans son livre éponyme.
Ces auteurs ont pourtant peu en commun, et l'on peut alors suivre l'avis de Roger Blin, le créateur de la première mise en scène d'En attendant Godot, lorsqu'il parle plus d'une "connivence avec l'époque" que d'un rapprochement esthétique : le monde de l'après-guerre est incertain et le théâtre se reconstruit en fonction de son temps.
Vain, illogique, insensé?
Chez ces auteurs, tout est pensé et finement élaboré : rien d'incohérent donc dans leurs pièces, mais peut-être quelque chose qui tient de l'expression presque métaphysique de la misère humaine, de la défaite du langage, de la mise en avant des faiblesses humaines et peut-être au final de leur exorcisme.
Le refus de Beckett de donner une interprétation de sa pièce couronne d'ailleurs cette impression diffuse d'inquiétante étrangeté, pour reprendre l'expression d'un psychanalyste bien connu. Il faut dire qu'à l'origine, l'absurde désigne ce qui est dissonant : l'étymologie du terme joue peut-être un grand rôle dans sa survie...
À suivre
Vous pourrez lire d'ici quelques jours une interview de Jean-Luc Vincent en attendant Godot qui arrivera (ou non) à partir du 5 mars à l'Athénée, sans oublier, puisqu'on parle d'absurde, La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco transformée en opéra par Jean-Philippe Calvin qui se jouera du 30 avril au 3 mai !
Bonne journée...

'+ d'infos sur athenee-theatre.com'Josselin_Passepont.jpg)







Bien à vous. Ph Gaulier
Vous avez raison, ça m'apprendra à écrire mes billets de mémoire!
Merci beaucoup, je rectifie le prénom.
À bientôt!