"Théâtre, théâtre, vous avez dit musique?" (1)

Dans après la répétition actuellement représenté à l'Athénée, le personnage de Henrik Vogler interprété par Didier Bezace refuse de modifier le texte de Strindberg qu'il est en train de monter, faisant entre autres remarquer qu'en musique, on n'enlève pas un passage qu'on n'arrive pas à jouer, on ne réécrit pas des mesures qui nous paraissent maladroites et on n'intervertit pas des mouvements sous prétexte que, finalement, l'andante sera mieux avant le scherzo.

L'Athénée a une vocation à la fois théâtrale et musicale, et la programmation de Patrice Martinet alternant musique de chambre, opérettes, pièces, opéras et théâtre musical permet d'apprécier autant les passerelles que les frictions entre musique et théâtre.

Nous sommes donc d'humeur frictionnelle ce matin, suivant en cela les réflexions de Bergman : en musique donc, disions-nous, on ne coupe pas trois mesures comme on supprime une réplique de théâtre supposée mal placée ou mal écrite ou difficile à interpréter. La musique, ensemble quasi-mathématique suivant des règles de construction rigoureuses, langue universelle sans besoin de traduction, art appris en conservatoire, est intouchable -en Occident, du moins.
Le texte de théâtre ne fera pas entendre de silence ou de dissonance en cas de réplique coupée, se laisse traduire en suédois, en français, en italien ou en roumain et peut être amputé d'une scène sans que l'on crie au scandale. Ou, plus exactement, c'est le cas du texte de théâtre non versifié : car il est amusant de constater que, lorsque la langue rejoint la musique en s'imposant des règles tenant de la construction musicale, il devient sacrilège d'y apporter ses amendements. Un alexandrin supprimé et la rime n'existe plus, un mot remplacé et le nombre de syllabes n'y est pas… On repense d'ailleurs à Patrice Chéreau qui, en remplaçant "que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent" par "que ces vains ornements, que tout cela me pèse" dans le Phèdre de Racine qu'il avait monté en 2003 à l'Odéon, s'était attiré bon nombre de critiques.

Il existe bien d'autres différences entre théâtre et musique que l'on développera une prochaine fois : les musiciens jouent la plupart du temps avec leur partition là où on voit mal un comédien déambuler le texte à la main ; en musique, sans conservatoire peu de salut (en tout cas en France), tandis qu'un comédien peut faire carrière en passant par d'autres apprentissages ; toujours en France, il existe bon nombre d'orchestres aux instrumentistes salariés là où la Comédie Française semble être la seule à pouvoir faire figure de troupe permanente ; il y a beaucoup de musique de chambre mais peu de théâtre d'appartement. D'autres oppositions existent, dont beaucoup tiennent aussi du cliché (si si, un comédien travaille, s'entraîne et répète. Oui, la musique peut être drôle).

L'Athénée est là pour réunir deux arts qu'on a souvent confronté et comparé, en particulier dans l'opéra, l'oeuvre d'art total -enfin pas si total que cela apparemment, puisque l'on s'est longtemps demandé si c'était la musique ou le théâtre qui y primait. L'Athénée, disais-je, lie les deux depuis quelques saisons : pendant qu'après la répétition se jouait, les musiciennes du quatuor Psophos venaient répéter, et les résidences d'artistes de musique sur la durée permettent d'apercevoir dans l'escalier aussi bien un violoncelle qu'une perruque, d'entendre un comédien qui répète son texte comme un violoniste qui retravaille des mesures et de voir un récital de musique de chambre dans le décor de la pièce de théâtre en cours.

Samedi par exemple, vous pourrez voir après la répétition à 20h. Mais juste avant, à 15h, le quatuor Psophos donne un concert intitulé 2x4. 2 x 4, ça fait 8 car, vous l'aurez compris, samedi l'octuor est à l'honneur : Enesco et Mendelssohn seront interprétés par le quatuor Psophos accompagné de Sarah Nemtanu, Pablo Schatzman, Sabine Toutain et Raphaël Perraud. A partir du 9 décembre, après la répétition laissera la place à une semaine dédiée au compositeur Olivier Messiaen. Comment cela s'appelle, quelqu'un qui aime autant le théâtre que la musique? Un musicothéâtrophile?

Bonne journée à tous.

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patrick's Gravatar Tu parles clémence de musicothéâtrophile !!
Pourquoi pas de théâtromusicophile ??
L'ordre de préséance marquerait-il implicitement la préférence ?
Amicalement.
Patrick.
# Posté par patrick | 02/12/08 22:15
Clémence's Gravatar Ah non, théâtromusicophile me convient très bien aussi! Et pour éviter de marquer une préférence, je propose un petit mélange : muthéâsicotrophile, c'est bien non?
# Posté par Clémence | 03/12/08 14:04

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