
Ici Fanny
Fanny Cottençon, actrice d'après la répétition, arrive toujours quelques heures avant la représentation et laisse souvent la porte de sa loge entrouverte : on est donc allée toquer à 18h30 jeudi dernier.
"_ Est-ce que cela vous ennuie si je continue à me maquiller pendant que je vous parle?
_ Euh non, évidemment que non, c'est moi qui envahis votre loge, là… Vous arrivez toujours avant tout le monde. Pourquoi venez-vous si tôt?
_ J'en ai besoin. Finalement, je me prépare assez rapidement, mais j'aime beaucoup la liturgie propre à chaque représentation. Le théâtre c'est l'art le plus vieux du monde, et j'ai besoin de pratiquer cette sorte de rite ancestral rassurant : me préparer, me maquiller, me coiffer, m'échauffer la voix, sentir la présence de l'équipe administrative et technique… De toutes façons, je suis incapable de faire autre chose dans la journée, alors autant être là le plus tôt possible.
_ C'est important pour vous, de connaître l'équipe de l'Athénée?
_ Oui, bien sûr! Nous formons tous une équipe, justement! Sans eux, nous n'existerions pas, et vice-versa d'ailleurs.
_ Comment vous êtes-vous retrouvée dans après la répétition?
_ Laurent Laffargue, en voyant La Chambre des morts, où jouait aussi Céline Sallette, a eu un déclic, il s'est dit "c'est elle, Rakel!". Pourtant, j'avais un tout petit rôle dans ce film. Comme quoi, dans ce métier, il faire ce dont on a envie sans se préoccuper si on a un premier ou un troisième rôle…
_ Justement, parlez-moi du rôle de Rakel, que vous interprétez dans après la répétition.
_ Il y a beaucoup d'ambiguïté dans cette femme, c'est quelqu'un qui s'est brûlé les ailes. Ce qui me touche le plus, c'est la détresse de cette actrice qui ne peut plus exercer son art : chez elle ça prend une tournure telle… Cela doit être quelqu'un de vraiment balèze, avec beaucoup de caractère et de charisme. (silence) J'en parle comme si elle existait! Sa souffrance est telle qu'elle en rend les autres responsables ; et en même temps, ce n'est pas vraiment une victime, même si elle a des emmerdes!
Ce n'est pas un personnage très fréquentable, mais c'est bien aussi, les personnages peu fréquentables… Ce sont les plus intéressants à jouer… Non, je ne sais pas si ce sont les plus intéressants à interpréter, en tout cas ce sont eux qui vous marquent le plus.
J'avais joué Les Derniers de Maxime Gorki dans une mise en scène de Lucien Pintillé au Théâtre de la Ville un personnage de monstre sans état d'âme, très immorale et pourtant très intégrée. C'était très agréable à jouer!
_ Et c'est agréable de jouer à l'Athénée?
_ Oui, évidemment! C'est un théâtre ravissant avec une acoustique formidable. Il est vraiment charmant ce théâtre, il est habité.
_ Et le public de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet, est-il aussi charmant?
_ C'est un public très éduqué. Déjà, il vient voir après la répétition de Bergman, il est informé, il fait l'effort d'aller voir des textes pas toujours faciles… Attention, je ne fais pas de jugement de valeur, chaque théâtre a le droit d'exister, mais disons qu'on a le droit d'en préférer d'autres! Jean Vilar disait "Plus on connaît, plus on sait, plus on aime".
C'est pourquoi il est important de mener un travail de fond avec le public, les écoles, les comités d'entreprises, là où est le public! Chaque public est différent et on sent vite si ce travail-là a été fait ou non.
_ Je vous entendais parler hier d'un entrefilet paru sur vous dans un journal au niveau intellectuel relatif et qui s'intéressait essentiellement au fait que l'on vous voit un peu dénudée à un bref moment du spectacle, photo de l'instant décisif à l'appui. Qu'est-ce que ce genre de papiers signifie, pour vous?
_ (Elle soupire) Que j'ai retenu le nom de l'auteur et que je demanderai à ce qu'il ne puisse pas entrer à mes spectacles suivants… Ce n'est pas très grave, mais on ne peut pas dire que cela soit très classe.
_ Ni très éthique.
_ Non plus. (silence) Il y a quelques années, un autre "journaliste" avait écrit tout un papier sur mon alcoolisme supposé… (elle sourit) J'aurais dû l'attaquer en diffamation, j'aurais pu gagner plein d'argent.
_ Je vois qu'il est bientôt l'heure de la représentation, je vais m'arrêter là! Merci beaucoup de m'avoir consacré un peu de temps juste avant de jouer.
_ Je vous en prie. (avec un air inquiet en me regardant me lever) ça allait ?
_ (un peu surprise, d'habitude c'est plutôt moi qui ai envie de demander si "ça allait") Euh, oui, c'était très bien... Je vous laisse donc vous adonner au rituel que vous décriviez au début !
_ Oh, vous savez, c'est juste être là, sentir l'ambiance…"
De votre côté, pour sentir l'ambiance d'après la répétition, il vous reste jusqu'au 6 décembre! Bonne journée à tous.

'+ d'infos sur athenee-theatre.com'Josselin_Passepont.jpg)







J'aime bien le blog de Clémence qui arrive directement dans ma messagerie, même si je ne suis pas un fou de blogs.
Juste un petit commentaire sur ce journaliste qui doit être bien con (je me permets le mot car je l'ai déjà entendu sur la scène de l'Athénée) s'il n'a retenu que cela de la pièce de Bergmann. Bravo aux acteurs au metteur en scène et à toute l'équipe de l'Athénée. Depuis plusieurs années (peu de temps après mon arrivée en région parisienne) j'apprécie de pouvoir assister à des pièces de théatre "du répertoire" très bien montées. C'est parfois surprenant ou dérangeant, jamais désagréable.
Pour "Après la répétition", que j'ai vu il y a 2 jours, une mention spéciale à Lola Gruber auteur du texte qui figure sur le programme qu'on nous distribue avant chaque représentation. Enfin un texte qui nous parle de la pièce et de l'auteur de manière compréhensible et qui apporte réellement quelque chose pour la mise en perspective de l'oeuvre. Il tranche avec ces textes abscons et pseudo-littéraires qu'on nous distribue trop souvent.
Merci encore et à la prochaine fois.
Merci de votre commentaire et de vos compliments! Je ne vous censurerai pas sur le mot "con" mais plus sur celui de "journaliste" : êtes-vous sûr qu'il soit bien adapté? ;-)
Je transmets votre commentaire à l'équipe d'après la répétition ainsi qu'à Lola Gruber : j'imagine que tous seront sensibles à votre appréciation!
A bientôt...
Vous soulevez effectivement la question du contrôle de l'information, de la liberté de travail pour les journalistes et de la censure, en pensant sans doute à un petit souci récemment connu par le site ladanse.eu. Le risque est effectivement que des artistes ferment la porte à un journaliste qui se serait montré trop critique à l'égard de leur travail, nous sommes d'accord.
Sauf que là, il y a deux enjeux supplémentaires, et le problème est d'une autre nature. Il s'agit d'un magazine qui ne publie pas de critiques, ne parle pas de culturel et écrit à peine des articles mais bien d'un journal qui publie des photos (le plus souvent volées) de gens connus et relaye divers potins sur les stars,en général à leur désavantage. C'est le même journal qui avait écrit tout un papier sur l'alcoolisme supposé de Fanny Cottençon il y a quelques années.
Or, les journalistes ont droit à des invitations, il y a donc un enjeu économique autant qu'un accord éthique entre salles de spectacles et les journalistes qu'elle accrédite : les journalistes ont totale liberté de parole, mais ne sont-ils pas tenus de respecter la déontologie de leur métier?
Les salles de spectacles tiennent à leur disposition des invitations qui pourraient être des places payantes, ce qui a son importance lorsqu'on pense au niveau des recettes propres des théâtres et opéras en général. Doit-on réserver des places à un journal dont la vocation n'est ni la culture, ni l'information ?
Je pense que vous allez me répondre que le plus adapté serait sans doute de laisser ce photographe rentrer en l'attaquant pour atteinte à l'image ou diffamation après publication de l'article. Sauf que l'on peut aussi estimer qu'il s'agit là du non-respect de l'éthique et de la déontologie et que l'accord tacite entre une salle et un journal peut être rompu. Ce journaliste pourra sans doute rentrer s'il le souhaite à un nouveau spectacle de Fanny Cottençon : seulement, il n'y sera, a priori, plus invité.
Les dangers de censure que vous pointez sont réels, mais le risque inverse est aussi d'accepter que l'éthique soit méprisée : peut-on choisir de refuser une certaine forme de journalisme?
Et-bien vu!- j'étais effectivement tenté de répondre qu'une procédure pour atteinte à l'image aurait été plus appropriée.
Toute la difficulté étant- si l'on admet des exceptions au principe protecteur d'accés gratuit des journalistes aux spectacles- de savoir tracer de claires limites entre un journaliste qui se serait affranchi de sa propre éthique professionnelle, et un journaliste qui simplement aurait déplu.
Pour vous répondre sur la question des limites, nous nous engageons effectivement sur un terrain glissant : ceux qui rédigent des critiques qui n'en sont pas (synthèse de dossiers de presse, billets d'humeur non argumentés, résumé de l'histoire) respectent-ils une certaine éthique?