
Les grands mystères de Dominique Lemaire (2)
J'ai été déçue le 12 novembre dernier : malgré tous mes efforts pour vous embrouiller, vous avez tout de suite trouvé que l'objet présenté était un brigadier.
Vous en savez donc déjà beaucoup, mais je suis sûre que je peux vous en apprendre encore un peu (il faut bien que je serve à quelque chose), car le brigadier soulève quelques questions.
Premièrement, pour ceux qui sont à la traîne : qu'est-ce qu'un brigadier?
Le brigadier : gros bâton clouté avec lequel le régisseur frappait un certain nombre de coups pour annoncer l'imminence de la représentation.
Aujourd'hui, les coups sont remplacés par quelque chose ressemblant plus ou moins à "éteignez vos portables, ne prenez pas de photos, ne mangez pas de kebab".
Deuxièmement : pourquoi appelle-t-on cet objet "brigadier" et pas "gros bâton" ou "le machin pour les trois coups"?
Un ouvrier dirigeant une équipe se voit souvent attribuer le grade de "brigadier" ; en marine, car vous savez depuis nos histoires de cordes que la marine est importante au théâtre, le brigadier est également le premier matelot. Celui qui frappe les trois coups étant précisément ce chef (le régisseur, en fait), le bâton en question a été désigné du même nom.
Troisièmement : combien de coups frappait-on?
Traditionnellement, le régisseur effectuait un roulement de plusieurs coups suivi de trois coups distincts.
Ces trois coups peuvent avoir trois explications : la première est religieuse et fait correspondre les trois coups à la Trinité. La seconde renvoie aux trois saluts que les comédiens effectuaient lorsque les membres de la Cour royale avaient leurs sièges des deux côtés de la scène : il convenait donc de saluer la cour qui est à cour, la cour qui est à jardin et le public qui est en face (vous suivez?). La troisième est d'ordre plus pratique et se réfère à l'origine du mot brigadier : le régisseur (ou brigadier) effectue le roulement de plusieurs coups pour prévenir ses équipes du début de la représentation, et celles-ci lui confirment leur présence en frappant un coup de l'endroit où elles se trouvent : un coup pour l'équipe présente aux cintres, un coup pour les coulisses, un coup pour les dessous.
La Comédie Française doublerait la mise en frappant six coups, comme Jean-Claude Roger l'a fait remarquer en commentaire, pour rappeler qu'elle résulte de l'union de deux troupes : la troupe de l'Hôtel de Bourgogne et celle de l'Hôtel de Guénégaud ordonnée par Louis XIV en 1680.
La question plus délicate concerne le roulement qui précède les trois coups, et qui a été l'objet d'un mini-débat comme on les aime entre Denis Léger et Dominique Lemaire :
Denis Léger (directeur technique) : quand je suis arrivé à l'Athénée, le chef machiniste de l'époque m'a affirmé que le roulement était de neuf coups. En tout cas c'est comme ça qu'ils faisaient sous Louis Jouvet (à l'Athénée, c'est l'argument suprême).
Dominique Lemaire (directeur technique adjoint) : moi, on m'a dit que c'était sept coups.
Moi : alors c'est neuf ou c'est sept?
Denis Léger : c'est neuf.
Dominique Lemaire : c'est sept.
En ce qui me concerne, j'ai lu que ce roulement était de onze coups (douze apôtres moins Judas, paraît-il, même si j'ai des doutes sur la véracité de l'explication), mais pour ne froisser personne, disons que cela dépendait des lieux…
Puisque vous êtes si doués, voici un nouvel objet! J'espère cette fois que vous mettrez davantage de temps à trouver….

Après la répétition continue sur sa lancée : les représentations ont lieu jusqu'au 6 décembre.
Bonne journée !

'+ d'infos sur athenee-theatre.com'






si oui je pense à une sorte d'arrosoir pour faire illusion d'un temps pluvieux, sinon un pommeau de douche (et non de Normandie...;) )
Cela pourrait ressembler à une bassinoire
Bravo pour vos blogs. PM
Bon, je m'y colle et je tente : ne serait-ce point une "machine à pluie", en fait une sorte de pommeau de douche montée sur une perche horizontale qui sert de tuyau, une porteuse creuse quoi ! (qui serait ce qu'on aperçoit derrière ?). J'avais d'abord pensé à un encensoir, mais l'usage en serait sans doute assez limité...
Je vous laisse continuer à chercher, vous êtes sur la bonne voie!
Et merci pour ce blog, le petit plaisir du matin : alors, de quoi va t-elle nous parler aujourd'hui, Clémence ? J'aime beaucoup l'idée des trois coups venant des cintres, coulisses et dessous !
En tout cas merci à tous pour vos interventions, et merci à Juliette et Marcellier pour vos compliments! Et Tootega, je vous défends d'insulter ma Normandie natale : parfois, il n'y pleut pas. :-)
Et dire que j'avais pensé à la pomme de douche pour les comédiens dans leurs loges...
De l'eau, de l'eau, de l'eau ! Et bien je peux vous assurer que depuis Doha (Qatar) où je vous lis, le soleil lui, luit. (Blog très sympathique alors je me permets d'y faire mes propres rimes riches !!)
A très bientôt au fil de vos billets.
Je suis heureuse d'avoir pu mettre fin à votre ignorance sur le brigadier (oui, je sers à quelque chose, me voilà rassurée)
Cher Thibault,
Je suis ravie de voir que mon blog s'exporte jusqu'à Doha. Même si vous m'avez fait envie, parce que là où je me trouve, il pleut des cordes!....
Mon commentaire n'a pas directement de lien avec le sujet mais c'était juste pour dire merci et bravo pour ce blog : j'ai été petite stagiaire à la com' il y environ 2 an 1/2 et tes billets me replongent avec délice dans le monde magique de l'Athénée...Passe le bonjour à ceux qui se souviendront de moi ;) Laura
Merci beaucoup pour tes compliments! Je ne manquerai pas de te signaler auprès de l'équipe de l'Athénée!
A bientôt.
Effectivement, le rappel d'éteindre portables et appareil photo a en grande partie remplacé les trois coups du brigadier...
Cependant, les trois coups ont été progressivement abandonnés avant que les portables n'existent : signe d'un théâtre dépassé, les trois coups apparaissaient comme une résurgence du quatrième mur, cette frontière entre spectacle et public où les acteurs jouent dans une boîte comme si les spectateurs n'étaient pas là, et que l'on souhaitait justement abolir!
Mais là, muni d'un vulgaire manche à balai, la coutume était de frapper 13 coups rapides avant les 3 coups précédant l'ouverture du rideau. C'était en 1961, à Bizerte, en Tunisie.
Merci de votre témoignage ! Vous soulevez encore une fois cette question du nombre de coups qui, je crois, ne se résoudra jamais... Que jouait-on au théâtre des armées en 1961 ?
On pouvait recruter avant les "événements" de Bizerte de rares jeunes filles à Tunis. Après, les contrôles instaurés par les autorités tunisiennes rendaient ce recrutement rarissime. On pouvait compter sur des rôles féminins joués par des bidasses travestis (il y en avait un célèbre pour ses facéties qui curieusement, était très populaire, et s'est montré tout à fait digne au combat.