Les œillets verts vous sifflent bonne chance sans tirer sur la corde (à piano)

Le débat fait rage sur le blog pour déterminer la nature de l'objet que Dominique Lemaire et moi-même vous présentions hier, même si une nette majorité semble se dégager en faveur du fameux "brigadier". Je laisse toutefois le suspense planer et vous donnerai une réponse définitive assortie d'explications raisonnées (j'ai remarqué que vous étiez très cultivés, mais j'essaierai de vous aider à accroître votre savoir déjà bien développé).

Côté actualité à l'Athénée, les montages et répétitions d'après la répétition dans une mise en scène de Laurent Laffargue préparent la première de demain soir : les machinistes, techniciens, régisseurs et directeurs techniques s'activent dans les cintres et les c…, les cor… enfin les trucs qu'il y a là :

Coulisses Athénée

Ceci n'est pas une corde. C'est un fil, une guinde, une drisse, une ganse, une bride, un chanvre, un filin, un lien, un câble, mais pas une corde : le mot est interdit de prononciation dans n'importe quel théâtre (je ne suis pas à l'Athénée au moment où je vous écris, c'est pour cela que j'en profite). Corde ne se prononce qu'en expression, et sur scène on peut parler de corde à piano -qui n'a rien à voir avec un piano d'ailleurs, ça serait trop beau, mais désigne un filin en acier servant à guider un rideau.

Le monde du spectacle reste en effet assez superstitieux, peut-être à cause du poids des traditions et de l'héritage dans les arts en général, ou de la situation financière et sociale souvent instable des artistes et techniciens qui se raccrocheraient aux présages pour évaluer la réception du spectacle en cours… Donc, sur scène, on ne porte pas de vert, on ne siffle pas, on n'offre pas d'œillets, on ne parle pas de cordes et on ne souhaite pas bonne chance.

Question cordes, on trouve tout et n'importe quoi pour éclairer l'origine de la superstition. Voici deux explications possibles parmi les plus attestées par des sources un peu dignes de confiance ; je vous passe les interprétations abracadabrantes lues ici et là et vous laisse choisir la vôtre!
La première, qui est aussi la plus répandue, part du principe que les premiers machinistes étaient des marins en raison de leur habilité à utiliser les poulies indispensables au maniement des décors : en important leur savoir-faire sur scène, ils auraient également amené leurs superstitions. Or, sur un bateau, une corde ne servirait qu'à la justice expéditive non-opposée à la peine de mort (ou à tirer la cloche avec laquelle on rend hommage à un décédé, selon les versions) et jamais à tendre une voile. Prononcer le mot fatal reviendrait donc à attirer la mort sur tout l'équipage.

Deuxième explication moins morbide : à l'époque où les projecteurs n'existaient pas et que les troupes dépensaient une fortune en bougies, on aurait installé des seaux remplis d'eau au-dessus de la scène qu'il aurait suffi de retourner avec une corde pour éteindre au plus vite un éventuel incendie. Il aurait donc suffi de crier "corde" à un moment inapproprié pour ruiner maquillages, costumes, perruque, plancher et accessoirement éclairage sous des trombes d'eau inopportunes...

Au fait, vous avez remarqué que nous sommes le 13 novembre?

Bonne journée quand même, et à demain pour la première d'après la répétition. Pour le vert, les œillets, le sifflotement et la chance, des explications viendront !

Commentaire ( Votre commentaire n'apparaîtra qu'une fois validé par un administrateur.)
Maxim's Gravatar effectivement, l'explication "maritime" me paraît fort logique
# Posté par Maxim | 13/11/08 12:56
Cécile's Gravatar Dis, Clémence,
dessine-moi un mouton!
Euh non je voulais dire : d'où vient la superstition sur la couleur verte?
# Posté par Cécile | 14/11/08 11:14
Clémence's Gravatar Bonjour Maxim,
L'explication maritime est effectivement la plus répandue!
Denis Léger, directeur technique de l'Athénée, m'a donné deux précisions : premièrement, on ne dit pas non plus "ficelle" sur une scène. Il y a également une explication pratique à l'ostracisation de la corde : il existe un grand nombre de liens différents : dire "passe-moi la corde" sur une scène où l'on trouve des filins, des câbles et des guindes ne serait donc pas très efficace...

Chère Cécile, un billet sur le vert viendra. Seulement, je ne trouve rien de très probant comme explication, je vais pousser mes recherches...
# Posté par Clémence | 14/11/08 14:15
baliverne's Gravatar corde corde corde corde corde.... (mille pardons... mais c'est bon!! hein! ho!!! nous ne sommes pas dans un théâtre mais sur le web...!!)

Je ne suis absolument pas superstitieux, mais j'avoue que je n'ai jamais osé le dire sur un plateau.

Allez savoir pourquoi...
# Posté par baliverne | 17/11/08 00:47
Clémence's Gravatar Bonjour Baliverne,

C'est peut-être parce que prononcer le mot fatidique sur scène vous obligerait à payer la tournée à tous les gens présents ? C'est une explication qui me vient comme ça, à tout hasard... ;-)

(peut-être aussi parce que, sans être superstitieux, on cherche souvent, par désir d'intégration ou observation de la politesse à respecter les usages du lieu où l'on se trouve! Cela vaut dans un autre milieu que le sien, dans une entreprise où l'on arrive, dans un pays étranger...)
# Posté par Clémence | 17/11/08 11:23
Juliette's Gravatar J'avais lu quelque part que Molière portait un vêtement vert lorsqu'il joua le Malade imaginaire, pour la dernière fois, sur la scène du théâtre du Palais-Royal. Mais comme je ne sais plus où j'ai lu ça, et que la superstition liée au vert est peut-être bien plus ancienne... En tout cas c'est proprement français ; en Italie, c'est le violet qu'on évite.
# Posté par Juliette | 18/11/08 14:46
Clémence's Gravatar Bonjour Juliette,
Effectivement, on dit souvent que la superstition est liée au couleur du vêtement de Molière, mais l'on trouve aussi d'autres explications : par exemple il y a l'idée que les teintures vertes pour les vêtements de scène auraient contenu du cyanure (donc une grande toxicité pour des comédiens transpirants). On trouve aussi une explication affirmant que cela serait juste parce le vert n'était pas mis en valeur par les éclairages du 19e siècle.
Quant aux pays étrangers, effectivement cela change! Moi aussi j'ai lu que le violet était fui en Italie, et que c'était le jaune en Espagne.
# Posté par Clémence | 18/11/08 18:13

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