"J'avais envie de me mettre du rouge à lèvres jusqu'aux trous de nez"

Je ne sais pas si vous vous tenez au courant, mais Rêve d'automne a eu une jolie place dans les médias ces derniers temps. De toutes les chroniques et critiques, ma préférence va à l'entretien entre Laure Adler et Judith Magre qui tient le rôle de la mère dans le spectacle.

Judith Magre raconte qu'il fallait littéralement la pousser pour qu'elle entre en scène à ses débuts, s'énerve lorsqu'on lui dit que les personnages de Rêve d'automne ressemblent à des fantômes et refuse de lire le texte à l'antenne -mais ne reprend pas Laure Adler lorsqu'elle prononce "Jon Fosse" à l'américaine alors qu'il est norvégien, enfin bref.

Le plus singulier reste le moment où Judith Magre raconte comment lui est venue sa vocation de comédienne : là où certains parlent d'un désir ancré dès les couches-culottes ou d'une révélation sidérante devant Le Cid par Jean Vilar (ou Le Tartuffe par Jacques Lassalle, c'est surtout une question de date de naissance), elle vous répond avec son anti-langue de bois habituelle : "je ne sais pas, j'avais envie de me mettre du rouge à lèvres jusqu'aux trous de nez".

Une incroyable carrière de grande actrice ne tiendrait donc qu'à un étrange désir de révolutionner les techniques du maquillage en occident, permettez-moi de ne pas trop y croire… Les mots de Judith Magre auront au moins eu le mérite de souligner la trouble origine de l'obscur désir que nous inspire le spectacle : pourquoi venez-vous au théâtre? Pourquoi, pour certains, en avez-vous fait votre métier?
Je ne sais moi-même pas répondre à cette question : aujourd'hui, vous écrire depuis l'Athénée me paraît bien évident. Il n'empêche qu'il n'y a pas si longtemps, j'étais encore en pleine campagne normande à regarder Rox et Rouky sans savoir qui avait écrit Hernani...

En tout cas, si Judith Magre n'a pas raté sa carrière d'actrice, elle est peut-être passée à côté de celle du marketing, et la revoir présenter Rêve d'automne en vidéo sur le site de l'Athénée me rappellerait presque les slogans à lessive de mon billet d'hier :  "Trêve de parlotte! Venez voir la pièce, elle est magnifique, je joue avec des partenaires magnifiques, et j'ai un metteur en scène génial".

Je vous souhaite un bon mardi en espérant qu'il soit meilleur que ce lundi.


PS : L'entretien a été diffusé le 4 octobre sur France Inter et est toujours disponible sur le site de Radio France (si tout marche, vous avez juste à cliquer ici)

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Lucie's Gravatar Encore une fois, merci Clémence. Il est tôt, rien encore à se mettre sous la dent dans ma boîte mail, mais ton billet toujours impertinent et drôle, pointu et dépoussiérant. Bon, je vais aller me maquiller moi, pour vivre une journée d'automne avec rêve artistique.
# Posté par Lucie | 07/10/08 07:04
Clémence's Gravatar Bonjour Lucie, merci beaucoup!
J'espère que tu es y allée mollo sur le rouge à lèvres.... Bon après-midi!
# Posté par Clémence | 07/10/08 14:35
LALLIAS Jean-Claude's Gravatar Cette histoire de rouge à lèvres est magnifique (et si bien racontée...). Au fond ne serait-ce pas le désir tout simplement d'exister plus intensément ? De susciter l'intérêt chez les autres ?
Sur ces bases, les amoureux du théâtre et les acteurs devraient se reconnaître....
JCL
# Posté par LALLIAS Jean-Claude | 07/10/08 19:55
Clémence's Gravatar Bonsoir Jean-Claude, vos commentaires sont toujours aussi gentils!
Vous résumez en outre très bien le désir qu'éveille en nous le théâtre : pour les acteurs, il y a aussi ce désir d'être aimé je crois ; après tout, le maquillage, n'est-ce pas pour cela aussi?
Au théâtre tout se ressent plus fort, de quoi transcender sa petite vie à soi (et rêver de se maquiller autrement? Pourquoi il n'y a que les comédiens qui ont le droit aux paillettes et aux robes de princesse?)
# Posté par Clémence | 07/10/08 20:09

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