
Une porte peut être ouverte ou bleue
L'étymologie du mot "ouvreur" n'est pas clairement établie : un sens attesté en 1572 le définit comme un ouvrier qui ouvre la soie pour devenir, après la première révolution industrielle, une machine à éplucher le coton. Mais dès 1611, on parle également de celui qui ouvre les portes, dont les portes des loges de salles de spectacle.
On ne sait donc pas réellement si le mot provient d'ouvrier ou d'ouvrir : c'est de toutes façons un ouvrier qui vous ouvre, d'où, peut-être, les salopettes dessinées par Agatha Ruiz de la Prada pour les ouvreurs de l'Athénée -certains spectateurs ne se sont en effet pas privés de faire remarquer la dimension "travailleur manuel" des tenues en question, qu'elle leur plaise ou non.
Habillés par de grands couturiers, les ouvreurs de l'Athénée ne sont donc pas tout-à-fait des ouvriers comme les autres. Ils sont là pour vous accueillir, vous donner un programme, vous placer, vous renseigner et, parfois écouter vos confidences ou coups de colère : donc les portes s'ouvrent, et les spectateurs aussi.
Ici, les ouvreurs vont sont offerts : pas de pourboires à donner, ils sont rémunérés par l'Athénée. Plus ou moins initié par Jean Vilar en tant que directeur du Théâtre National Populaire de Chaillot à Paris, ce principe de gratuité est partagé par tous les théâtres publics français, et il est ainsi hors de question que vous payiez autre chose que votre place, vos consommations au bar et votre trajet jusqu'au théâtre, tout cela dans l'idée de faciliter l'accès de tous à la culture.
La salle à l'italienne de l'Athénée, toute en dorures et en velours rouge, jure étrangement avec cette gratuité, et l'on oublie souvent qu'ici, le vestiaire n'est pas à payer. Je vous en parlais le 26 septembre, le principe de la salle à l'italienne ne s'inscrit pas franchement dans les principes d'égalitarisme républicain et de démocratisation théâtrale : une salle à l'italienne est conçue pour que les spectateurs soient vus, là où les salles frontales construites dans la deuxième moitié du vingtième siècle sont censées permettre à tous de voir le spectacle de la même manière. L'Athénée ne manque pas de charme, mais la visibilité est parfois bien peu optimale : l'équipe du théâtre essaierait donc de se faire pardonner en vous offrant les programmes et douze ouvreurs dirigés par Aline, directrice de salle...
Si vous venez mercredi à L'Opéra de quatre notes, vous les verrez en costumes de première. Si vous voulez contempler les salopettes, c'est pour la suite des représentations qui auront lieu jusqu'à samedi!
Bon mardi.
PS : J'emprunte mon titre et son jeu de mots à la spiritualité indubitable (si si) à Pierre Desproges dans son spectacle de 1988.
PS du 26 février 2009 : une interview d'Agatha Ruiz de la Prada est parue sur ce blog le 24 février! Pour la lire, cliquez ici.

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Les salles modulables modernes permettent parfois aussi des mises en scène bi-frontales. Me revient à l’esprit celle de La Tour de la Défense de Copi mis en scène par Martial Di Fonzo Bo (l’ai-je bien orthographié ?) Les gradins encadraient des deux cotés un bel appartement seventies , avec vue sur les spectateurs d’en face. Cela n’était pas inintéressant !
Cet exemple colle tout-à-fait à l'actualité puisque que ce spectacle avait été joué à la MC93 de Bobigny! (en tout cas, c'est dans ce théâtre que je l'avais vu). Ce genre de dispositif bi-frontal (=avec le public sur deux fronts et la scène au milieu) devient assez fréquent, et je peux citer un certains nombre de spectacles où je l'ai vu : Du serment de l'écrivain du roi et de Diderot de la compagnie Tg Stan, La Révolte des Anges de et par Enzo Cormann, Comme un chant de David de Claude Régy (cette fois c'était du quadri-frontal =le public disposé en carré avec la scène au milieu), Cercle de famille pour trois soeurs par Eric Lacascade (encore une fois du quadri-frontal), L'Homme approximatif de Claire le Michel...
De vis-à-vis avec l'acteur, le public se retrouve confronté à un double face à face : avec les comédiens et avec lui-même. C'est une façon de ne jamais oublier que le théâtre est une illusion, mais cela questionne également notre attitude en tant que spectateur : quelle tête fait-on quand on regarde un spectacle? Et à force de penser à la tête qu'on fait, on peut finir par en oublier les comédiens...