
Que la lumière soit
Mardi soir, en revenant dans la salle vide après la représentation de Rêve d'automne, je trouvai sur l'un des sièges un programme de salle délicatement posé là : pas plié ni piétiné, il semblait patienter sur sa chaise en attendant le public du soir suivant. Son possesseur l'avait-il laissé là par inadvertance, désintérêt ou souci d'économiser du papier ? Autrement dit, l'a-t-il lu? Et s'il l'a lu, l'a-t-il fait avant ou après le spectacle?
C'est l'une des caractéristiques des théâtres publics, et je rappelle que l'Athénée en fait partie, de proposer gratuitement des programmes destinés à préparer les spectateurs à la pièce qu'ils vont voir tout en leur donnant les renseignements pratiques de base. Disons que cela fait partie des missions des théâtres subventionnés : proposer une programmation de qualité en la rendant accessible au plus grand nombre -ce qu'Antoine Vitez appelait le "théâtre élitaire pour tous", et l'on en revient ici au grand mythe de la culture comme service public.
Ces textes, écrits à l'Athénée par Lola Gruber, participent donc de la démocratisation (enfin de la tentative de démocratisation, pour être complètement honnête) du théâtre. Comme toute action menée vers le public, leur impact est difficile à évaluer : certes, il n'y a eu mardi soir qu'un programme abandonné, mais combien sont aujourd'hui pliés en quatre dans des fonds de sac à dos pour se retrouver d'ici quelques jours dans une poubelle jaune (en supposant que vous faites le tri) au même titre qu'un vieux papier de Bounty et un ticket de caisse de Shopi? A moins que vous fassiez partie de ces gens méticuleux ou passionnés, ou les deux, qui gardent soigneusement tous leurs programmes de salle depuis 1972 (ou 1998 si vous n'étiez pas nés en 1972).
Dans la jargon cultureux, on appelle ces petits programmes des bibles : à vous de me dire si c'est parce qu'ils contiennent tout ce que l'on a besoin de savoir, vous apportent leurs lumières ou vous servent de la propagande. Toute autre interprétation sera la bienvenue, n'hésitez pas à venir nous offrir la vôtre…
Bon jeudi à tous.

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Merci pour l'information sur la visibilité de la pièce depuis le côté cour, j'y suis allée hier soir en mettant en jeu cette précision, et j'ai pu voir à loisir tous les acteurs.
Pour ce qui est de la Bible, saché Clémence que je la gardre religieusement pour la lire après le spectacle. Je préfère découvrir totalement les pièces et les expliciter ensuite. Je les garde quand ils sont vraiment extras, comme la bible associée à "Jacques ou la soumission" de Ionesco de la saison dernière.
Moi qui me suis toujours demandé d'où cela pouvait venir.
Les bibles (de l'Athénée), je les lis rarement....car... je les fabrique.
Oui, je fabrique des Bibles.
Mais pour qui se prend-t-elle ?
Pour la graphiste de l'Athénée !
Déformation professionnelle, je mets en page les mots, je les regarde, les observe me demande s'il seraient mieux, ici ? ou là ? Comme si ? Ou comme ça ? Mais je ne les lis pas !
Ah si ! Quand je change de casquette, quant je deviens spectatrice et plus graphiste. Je m'assoie je prend la bible, je découvre, je lis.... Ah ! La lumière s'éteint. Chuuuut. Ça va commencer.
Juste un petit message parce que je pense qu'il faut comprendre.
Je suis une folle de théâtre. J'en fait ma passion et ma vie. Cela ne me rend pas pour autant méticuleuse. J'adore lire les bibles lorsqu'on m'en donne à l'entrée d'une pièce (pas seulement dans les théâtre publics, heureusement) et je suis très heureuse de les mettre dans mon sac. Pourtant... sans manquer de respect à qui que ce soit il m'arrive très souvent de les y laisser pourrir suffisamment longtemps pour qu'ils soient abimés et ne puissent rejoindre que la poubelle.
Combien de papier par jour reçoit-on? Dans la main? Dans la boite au lettre?
Je ne vous étonnerai pas en disant "au moins 10". Tous sont le fruit d'arbres qui n'ont rien demandé et du travail d'hommes et de femmes qui ont voulu nous communiquer quelque chose. Alors oui, parfois on jette, parfois on oublie et même de temps en temps on ne trie pas.
Merci pour ce blog. Je pense qu'il est important de montrer les grands organismes sous un jour plus humain. Maintenant je sais qu'à l'Athénée il y a Clémence et cette connaissance m'est des plus agréable.
A l'éventuel plaisir de vous rencontrer,
Jessica
Donc, l’Athénée, théâtre qui aime les textes, génère des textes sur d’autres textes. Et fournit ainsi son hypothèse, inattendue, quant à l’appellation “bible“ : “Au commencement était le verbe.”
quant aux bibles, celles de l'Athénée sont si savoureuses et les billets de Lola si alléchants qu'on les garde, bien sûr, pour les goûter encore et encore...
à très bientôt
Elisabeth
Réponses détaillées autres que les remerciements, maintenant : Patricia, moi pour ma part j'aime lire ces bibles avant puis après le spectacle... Avant, cela permet de se mettre dans l'ambiance et donner des clés de compréhension. Après la représentation, le même texte prend souvent une ampleur qu'on n'avait pas soupçonnée à première lecture et explicite la représentation que je viens de voir (lorsqu'il est bien écrit, car le soin apporté aux bibles n'est pas le même dans tous les théâtres....)
Adeline : oui, je comprends tout-à-fait ce phénomène. Comme lorsqu'on relit un texte pour s'assurer qu'il n'y a pas de coquille ou de fautes d'orthographe et qu'à la fin, on se dit "il y avait plein de fautes, mais de quoi ça parle, en fait?"
Jessica, n'hésitez pas à vous signaler un soir de spectacle, je me ferai un plaisir de vous rencontrer également! Moi aussi je laisse parfois des bibles pourrir dans ma poche, surtout lorsque le texte à y lire n'a pas su me donner envie dès les trois premières lignes! Il est vrai qu'à Paris on est aussi très sollicités question papier...
Lola, merci pour ton intervention en tant qu'inspiratrice directe de ce billet, et merci également pour cette autre interprétation du mot "bible" qui est très bien trouvée!
Juste une précision : lorsque je parlais des renseignements pratiques, je parlais uniquement des informations telles que la distribution ou les dates de représentation qui figurent juste en-dessous du texte que tu as écrit -et non avant, comme c'est souvent le cas dans d'autres théâtres, ce qui démontre bien que le texte possède une place centrale à l'Athénée!
Et oui Elisabeth, moi aussi je les garde soigneusement, et je pense que Lola sera très sensible à vos compliments!
Quant à moi, j'écris également les bibles de l'Opéra de Dijon : j'en profite ici pour rendre hommage à Lola Gruber dont les textes pour l'Athénée m'ont donné envie d'en écrire moi aussi en sortant des schémas habituels de l'explication de texte et de l'analyse musicologique... Merci donc à elle, et merci à vous tous pour tous vos commentaires.