
La nuit américaine
Dans un article intitulé "Explaining my music : Keywords", Tom Johnson, le compositeur de L'Opéra de quatre notes qui sera joué à l'Athénée la semaine prochaine, lance les mots indispensables à la compréhension de sa musique. J'en retiendrai deux : autobiographie et vérité (c'est moi qui traduit, cette fois sans logiciel automatique : la leçon du 9 octobre a été retenue).
Le mot d'autobiographie est cité en négatif, car Tom Johnson est contre toute forme de subjectivité personnelle du compositeur. Non que la musique n'ait rien à exprimer, mais plutôt qu'elle doive aller chercher son expressivité ailleurs que dans l'intériorité du compositeur lui-même. Ce que Tom Johnson veut, c'est trouver la musique et non la composer : laissons la musique dire ce qu'elle, elle veut dire.
Quant au terme de vérité, le compositeur semble surtout l'utiliser pour éviter de parler de beauté : non pas qu'il soit contre (!), mais parce que le concept le met bien mal à l'aise, et on le comprend. La vérité donc, c'est plus clair, enfin c'est ce qu'il dit. En fait, Tom Johnson, et cela va avec son refus de la subjectivité, recherche la perfection dans la composition et l'interprétation de sa musique.
Utilisant des formules mathématiques lorsqu'il écrit ses oeuvres, il semble aussi très mal à l'aise avec l'idée que sa musique soit interprétée par des musiciens : l'erreur est manifestement trop humaine, et l'idée qu'un violoniste puisse manquer une note ou mal compter une mesure éloignerait sans doute la musique de Tom Johnson de la vérité à laquelle il tend -Igor Stravinski, qui avait fait l'expérience de faire jouer sa musique par des instruments mécaniques avant d'ailleurs d'y renoncer, ne renierait sans doute pas ce genre d'idées.
Dans ces conditions, la composition de L'Opéra de quatre notes apparaît comme un joli pied de nez. Car de quoi parle-t-on dans cette oeuvre? Des chanteurs, de leurs erreurs, de leur idée de la musique, de l'interprétation musicale et de ses aléas, de la composition et de ses défauts : bref, c'est un opéra qui parle de lui-même et du spectacle en train de se faire. Pour quelqu'un qui voulait éviter l'auto-réflexivité et l'imperfection, on est, pour le coup, en plein dedans. L'oeuvre échapperait donc à son auteur, à moins que celui-ci choisisse de nous égarer pour mieux se retrouver...
Le metteur en scène lui-même n'est d'ailleurs jamais sûr de ses effets : comme l'explique Paul-Alexandre Dubois, à la fois metteur en scène et chanteur de L'Opéra de quatre notes, "il paraît que ce spectacle associe le divertissement, l'humour et une grande rigueur conceptuelle et formelle… N'ayant jamais pu le voir, je ne sais pas si c'est vrai."
Bonne journée!
PS : la référence du titre est à chercher dans la filmographie de François Truffaut...

'+ d'infos sur athenee-theatre.com'Josselin_Passepont.jpg)







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