"Où est la charrue, où sont les boeufs?"

Le 2 octobre dernier, à l'occasion du billet sur les bibles de l'Athénée (les programmes de salle, pour les distraits et non-souvenants), Adeline, graphiste pour le Théâtre, laissait un commentaire pour expliquer qu'elle ne pouvait pas lire ce qu'elle mettait en page : comme un texte que l'on relit en traquant les fautes pour se demander à la fin ce qu'il pouvait bien y avoir de marqué dedans.

Une discussion surprise il y a quelques jours entre le directeur de l'Athénée et son secrétaire général continuait le débat sans le vouloir. Il s'agissait justement d'un programme, de mots et de mise en page : la question était de savoir s'il fallait privilégier le texte ou le graphisme, la lisibilité ou l'esthétique. D'où cette phrase de Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, que je reprenais en titre : faut-il servir le texte ou se servir du texte? Doit-on prendre le texte pour en faire une image ou toujours se soucier du contenu lui-même?

Cette interrogation d'un vendredi matin dépasse les seules bibles de l'Athénée et touche à la communication dans son ensemble : les lieux culturels qui offrent une programmation exigeante ne peuvent communiquer comme des supermarchés, sauf second degré éventuel. L'affiche est alors à l'image du produit qu'elle promeut et est censée représenter les qualités du spectacle concerné : beau et intelligent, quelque part (oui, venez me villipender pour me dire qu'un spectacle ce n'est pas que la beauté, et puis d'abord qu'est-ce que le beau, je vous le demande!).

On attend d'un théâtre qu'il soigne son image avec l'idée qu'on ne communique sur l'art qu'avec des oeuvres d'art. Mais c'est parfois au détriment du message à faire passer, d'autant qu'il est toujours difficile de connaître l'impact de la communication sur son public. Cela vous est-il déjà arrivé de trouver une affiche magnifique sans avoir la moindre idée du spectacle qu'elle vendait, ni même du théâtre d'où elle provenait?

Et pour les affiches de l'Athénée, où est-ce qu'on en est? Pour les écolos et pauvres habitant la capitale (les gens qui prennent le métro parisien, donc), vous avez sans doute vu les affiches qui vous clament "La police, c'est vous!", phrase tirée d'une pièce prochainement programmée à l'Athénée (je vous dirai bientôt laquelle). Cela interpelle sans doute, et c'est très beau sûrement, mais en termes de communication bête et méchante, est-ce que cela vous a donné envie d'acheter des billets ? Ces affiches dans le métro, de l'Athénée ou des autres, est-ce que vous les regardez, est-ce qu'elles vous donnent envie, est-ce que vous les tagguez à coups de "y en a marre de la pub" (ou, pour l'affiche actuelle, "nique la police") ?

Tout cela restera entre nous, je ne voudrais pas être poursuivie en justice pour incitation à la haine sociale.

Bon début de semaine à tous.

PS 1 : je suis navrée que certains d'entre vous aient reçu mon billet trois fois de suite entre 17h et 19h vendredi alors que moi je l'avais publié comme d'habitude à 8h (en plus ça a fait planter le serveur de l'Athénée, ils doivent tous me détester là-bas). J'espère que cela ne se reproduira plus…

PS 2 : ceux qui étaient au concert du Quatuor Psophos samedi en présence de Jörg Widmann expliquant son oeuvre ont dû apprécier les talents de traductrice de Lisa Schatzman, premier violon bilingue allemand-français. Quand même, j'étais déçue qu'on n'y parle pas de cassoulet.
Et pour (re)voir Rêve d'automne, c'est jusqu'à la fin de cette semaine!

 

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JIzed's Gravatar Mais quel problème vous soulevez Clémence ! Depuis des années je me heurte à cette inadéquation entre le message que nous voulons transmettre pour donner une petite idée de l'esprit ou du style d'un spectacle et les fantasmes créatifs des graphistes.
Parce que, finalement, toute la question est là: le graphiste existe-t-il pour créer une oeuvre d'artiste à part entière qui soit l'expression exclusive de son talent ou est-il au service du théâtre ou de la compagnie qui désire communiquer sur ce qu'il/elle fait ? Plus simplement : travaille-t-il pour lui ou pour son commanditaire ?
L'harmonisation de ces deux optiques n'est pas impossible, mais il faudrait alors que le graphiste lise la pièce dont il doit faire l'affiche, assiste aux répétitions, accepte de tenir compte de certains impératifs pratiques : dates, lieux, caractères lisibles de loin, etc. Beaucoup de contraintes pour ceux qui travaillent dans la communication - domaine devenu l'institution qui règne sur notre société de consommation, avec ses codes, ses modes et ses méthodes - réservés aux initiés.
J'ai bien une solution : que nous, pauv' théâtreux et euses, nous mettions à bidouiller nous-mêmes avec photoshop, indesign et autres QuarkXpress, mais alors il faudrait vraiment que les journées comptent 48 heures...
Bref, si quelqu'un a LA solution, nous sommes preneurs !
En attendant la prochaine affiche qui nous proposera une vache en train de brouter pour nous inciter à aller voir du Molière...
bien à vous
Jized
# Posté par JIzed | 13/10/08 13:54
nathalie's Gravatar Prenant quotidiennement le metro, je regarde regulierement les affiches et surtout celles sur les spectacles pour voir si cela peux me donner des idées de spectacles à voir.
J'aime notamment que les affiches soient un minimum explicatives donnant quelques noms (comme celui de l'auteur ou des acteurs) mais si c'est juste un "teasing" ca ne m'interesse peu.
Quand aux programmes, je trouve bien quand ils sont informatifs. Vont eventuellement retracer un peu la vie de l'auteur et aussi la "vie" de la piece, à savoir quand elle a été déjà joué et l'acceuil qu'elle a eu à ce moment.
# Posté par nathalie | 13/10/08 14:05
Clémence's Gravatar Bonjour Jized,
Merci pour votre longue réponse! Je ne suis pas sûre qu'il faille opposer graphistes et gens de théâtre comme vous le faites : il y a effectivement une confrontation de plein fouet entre deux oeuvres, l'affiche et la pièce de théâtre, mais je ne crois pas qu'un metteur en scène ou un comédien seraient mieux placés pour conduire leur communication. Non seulement parce que ce sont deux métiers différents et qu'il me semble toujours très difficile de parler de son propre travail artistique, ensuite parce qu'être graphiste est une profession qui s'apprend sur plusieurs années et que je ne pense pas qu'on puisse prétendre maîtriser toutes les subtilités de la typographie, de la création graphique et de la mise en page en quelques heures en bidouillant sur des logiciels...
L'important est de travailler dans le respect du travail de chacun en essayant de trouver un équilibre entre esthétique, lisibilité et visibilité dans le paysage publicitaire...

Bonjour Nathalie,
Merci également de vos réflexions. C'est intéressant que vous vous attachiez essentiellement aux noms : êtes-vous donc essentiellement attirée par une pièce lorsque vous en connaissez les artistes?
Concernant les programmes, je vois que vous préférez donc quelque chose d'assez objectif finalement. Je serais intéressée de savoir ce que vous pensez de ceux de l'Athénée, qui sont des textes proposant un regard de biais et peu de renseignements historiques ou biographiques... Merci.
# Posté par Clémence | 14/10/08 12:37
Jized's Gravatar Chère Clémence, nous sommes bien d'accord ! Mais vous avez soulevé ce problème de l'adéquation entre le point de vue des graphistes et le message que désirent véhiculer les théâtres et, sans vouloir opposer qui que ce soit, comme vous je me pose des questions quand je vois certaines affiches... Heureusement, dans le domaine de la communication, il y a aussi le bouche à oreilles...
Cordialement
Jized
# Posté par Jized | 14/10/08 17:30
Clémence's Gravatar Pardon Jized, j'ai mis un peu de temps à vous répondre... Il est vrai que certaines affiches laissent parfois à désirer! Et il n'y a pas que le bouche à oreilles qui fonctionne dans le domaine de la communication : il y a aussi les relations publiques, les rencontres, les liens avec les associations, les interviews, et qui sait, les blogs! (je me demande si le mien a une quelconque influence sur la fréquentation de l'Athénée, mais il est sans doute encore trop tôt pour le dire)
# Posté par Clémence | 17/10/08 00:07
nathalie's Gravatar Bonjour,
Par une affiche il n'est pas evident de se rendre compte de ce que donnera la piece. Donc s'il y a des noms que je connais cela ma permettra de commencer à me faire une opinion sur le fait de vouloir ou pas voir la piece. J'ai aussi des lieux de predilection, et ainsi j'aurais un à priori plus favorable pour une piece qui se donne à l'Athenée ou à hebertot par exemple qu'au theatre Saint Georges.
Sinon pour les programmes, comme j'essaie de les garder tous je pourrais dire que j'avais trouvé tres bien celui du Vieux Colombier quand j'avais vu Yerma qui m'avait donné beaucoup d'information sur l'auteur et en quoi sa vie avait joué dans l'ecriture. Pour l'Athénéee j'ai aussi pris le programme de l'année pour essayer d'avoir plus de détails notamment sur l'auteur. Mais c'est vrai que le programme m'avait un peu laissé sur ma faim et qu'il manquait des détails notamment sur l'auteur et sur l'origine de la pièce. Surtout que celle ci peut donner lieu à plusieurs interpretations. C'est vrai que j'aurais aimé plus de détails.
Pour une fois je n'ai pas été voir sur le site, mais parfois il y a des détails supplementaires sur le site du theatre que j'apprecie aussi.
# Posté par nathalie | 17/10/08 10:24

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