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Ils bloguent pour l'Athénée
D'hier à aujourd'hui

Épuisé et joyeux à la fois

Posté le : 25 janv. 2018 06:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Lulu | + d'infos sur athenee-theatre.com

La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco se joue à l’Athénée jusqu’à la semaine prochaine. D’autres spectacles de son metteur en scène, Jean-Luc Lagarce, avaient été programmés à l’Athénée de son vivant.

Nous avons vu lundi les extraits de son Journal où il évoquait son travail au Théâtre pour les représentations de L’Île aux esclaves, mais aussi combien il appréciait échanger avec son directeur Patrice Martinet et le reste de l’équipe.

Juste avant son décès, il travaillait sur son adaptation et sa mise en scène de Lulu d’après Wedekind, dont la mise en scène a dû être achevée par son collaborateur et ami François Berreur avant les représentations à l'Athénée.
 
 
 
 
 
Extraits de son Journal :


« Vendredi 9 décembre 1994
Paris. Montparnasse. 15 heures.
Nous projetons de monter au printemps 1996 –on ne rit pas– Le Pays lointain ou Lulu. Il faut écrire l’un et adapter l’autre.
Rennes (le Théâtre national de Bretagne), Chambéry, Lille (Mesguich) sont prêts à intervenir sur la production de l’un ou l’autre.
L’Athénée s’intéresse à Lulu, ce qui déciderait de l’ordre dans lequel nous pourrions les créer.
Le centre de Vidéo et Bongiovanni sont prêts à intervenir sur Le Pays lointain.
Tout cela, toutefois, me laisse étrangement perplexe. »


« Samedi 7 janvier 1995
Paris. Chez moi. 19 h 30.
Téléphone très chaleureux de Patrice Martinet et plutôt encourageant sur les projets à l’Athénée (Lulu…). »


« Dimanche 19 février 1995
Paris. Chez moi. 19h45.
L’Athénée semble vouloir s’engager sur Lulu. »


« Dimanche 7 mai 1995
Rennes. La gare. 10h30.
Apparemment nous créerons Lulu à l’Athénée en janvier. Ce qui est une très bonne nouvelle (je vois Martinet mardi). »


« Samedi 13 mai 1995
Toulouse. 11h30
Grand hôtel Capoul. Chambre 105
Lulu se créera donc à l’Athénée où nous répéterons. Première le 31 décembre.
Nous reprendrons aussi probablement Le Savoir-vivre dans la petite salle. C’est une très bonne nouvelle à mon avis et j’en sors très heureux. »


« Vendredi 19 mai 1995
Paris. Chez moi. 9h15
Nous créerons donc Lulu le 31 décembre à l’Athénée pour la réouverture du théâtre et nous reprendrons Le Savoir-vivre à partir du 2 janvier.
Construire une distribution (avec la pression ferme et bienveillante de Patrice Martinet et de François) »


« Jeudi 21 septembre 1995
Paris. Chez moi. 9h15
Nous avons commencé à répéter Lulu hier. Nous répéterons dix jours puis nous l’abandonnerons pour que Irina aille jouer Faust à Rome et moi reprendre La Cagnotte.
Hier lecture très longue. Très belle distribution. Pièce très difficile.
[…]
Me suis couché très tôt. Ai très mal dormi. Préoccupé par Lulu, le combat que ça va être (me remettre à la tâche !) et par la solitude qui m’écrase. »


« Dimanche 24 septembre 1995
Paris. Chez moi. 19 heures.
Bonnes répétitions, lourdes, denses, de Lulu. C’est difficile mais passionnant.
Très belle équipe, superbe même. Dès le début, Irina, Emilfork, Hervé sont très bien. Mais les autres que j’ai peu vus encore sont très bien aussi. Cloarec est un homme superbe, Christophe Garcia est un objet de désir qui, il y a quelques années, m’aurait fait dévorer mon oreiller. »


« Mercredi 27 septembre 1995
Paris. Chez moi. 9h30.
Michel Cressole est mort du Sida (ça nous change) Je ne le connaissais pas, il était journaliste à Libération et il écrivait sur la mode, la photo. Un très bon, très brillant journaliste, avec un vrai bel humour pédé.
Une sorte de dandy amusé par le spectacle du monde.
Je l’avais croisé une fois à Libération, j’étais avec La Bardonnie.
Il semblait totalement épuisé et joyeux à la fois. »


Le Journal de Jean-Luc Lagarce se termine sur ces mots : il décèdera trois jours plus tard. 

L’équipe artistique choisit d’achever sans lui la création de Lulu, dont la première sera décalée d’une semaine. Créée quatre ans plus tôt en 1991, sa mise en scène de La Cantatrice chauve sera quant à elle représentée à l’Athénée en 2007, 2009 et maintenant 2018. Elle est à voir jusqu’à samedi prochain.

L’Athénée est toujours près de moi sous la neige lapone : à très vite !

 
 
Clémence Hérout

D'hier à aujourd'hui

Le solitaire intempestif

Posté le : 22 janv. 2018 18:05 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Lulu | + d'infos sur athenee-theatre.com

« On est allés à l’Athénée, voir le montage du décor, dire bonjour. C’est un lieu magnifique et j’étais content. »

C’est ce qu’écrit Jean-Luc Lagarce dans son journal, le 21 février 1994 : auteur, metteur en scène, comédien et directeur de compagnie, il fait aujourd’hui partie des dramaturges français contemporains les plus joués, y compris à l’étranger. En 2016, le réalisateur Xavier Dolan adapte sa pièce Juste la fin du monde dans un film du même titre avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard et Léa Seydoux.

De son vivant pourtant, c’est majoritairement de son travail de metteur en scène que Jean-Luc Lagarce tirait son succès.

L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, déjà dirigé par Patrice Martinet à l’époque, a ainsi accueilli plusieurs de ses mises en scène : L’Île des esclaves en 1994, Lulu en 1996, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne en 1996 et 2009, et bien sûr La Cantatrice chauve en 2007, 2009 et en ce moment.
Patrice Martinet nous racontait justement les liens qu’il avait entretenus avec lui dans cet article paru la semaine dernière. 

Jean-Luc Lagarce tenait un Journal, paru depuis aux éditions des Solitaires intempestifs. Il est à la fois passionnant, cruel et émouvant. Pour nous qui travaillons à l’Athénée, il est d’autant plus touchant que Jean-Luc Lagarce semblait aimer profondément ce théâtre et son équipe.


Extraits choisis, d’abord à propos de L’Île des esclaves de Marivaux qu’il avait mis en scène :

« Vendredi 25 février 1994
Paris. Chez moi. 9h20
Ai répété un peu. Deux beaux filages, mardi et mercredi. L’Athénée comme un superbe instrument et les acteurs heureux d’être là. »

 

 L'Île des esclaves mis en scène par Jean-Luc Lagarce. Photo de Daniel Cande. Fonds BNF.
 
 
« Lundi 28 février 1994
Paris. Chez moi. 8h42
Ensuite beau filage à l’Athénée. Toute la maison a l’air d’aimer le spectacle. Patrice Martinet en tête.
Endroit magique. »

« Mercredi 2 mars 1994.
Paris. Chez moi. 8h40.
Hier, première à l’Athénée. Succès. Je crois qu’une partie de la salle était divisée mais gros succès à la fin. Belle représentation un peu chaotique mais belle. Les acteurs ensemble.
Patrice Martinet très enthousiaste et très attentionné. Un vrai directeur de théâtre comme je l’imagine. »

« Samedi 5 mars 1994
Mulhouse. Hôpital de Moenschberg. 19 heures.
Les journées sont simples : je me lève vers 7 heures du matin. Mon corps est un débris, diarrhées, nausées et le spectacle dans la glace est à crever. »

« Mercredi 9 mars 1994
Mulhouse. Hôpital. 19 h 15.
En vrac, la vie en petits morceaux :
Un article effroyable de violence contre Marivaux dans Le Monde (Michel Cournot). Il aboie cet homme. On y dit en gros que je suis un arriviste qui n’a jamais rien fait. –Le Monde a dû écrire vingt articles sur moi en dix ans ! – que j’ai dû arriver à l’Athénée grâce à des relations et de l’entregent alors que des gens formidables n’arrivent pas à travailler. »

 

  L'Île des esclaves mis en scène par Jean-Luc Lagarce. Photo de Daniel Cande. Fonds BNF.
 
 
 
« Lundi 11 avril 1994
Paris. Chez moi. 8 h 35
Dernière de L’Île des esclaves à l’Athénée : c’était très beau, émouvant, mais c’était très beau.
Il y avait un verre offert par Martinet dans son bureau. J’étais vraiment ému. Il y avait en plus des acteurs des gens de la maison. Thierry Lesueur de Belfort (et c’était très bien qu’il se déplace), Monique, Peduzzi, Bloc et Irina Dalle avec son ami italien –le décorateur formidable de Braunschweig– et j’étais très touché qu’il soit là, qu’il ait aimé le spectacle.

Ensuite nous sommes allés dîner derrière le théâtre, Quester qui avait l’air très ému et qui ne savait comment l’exprimer, François, Mireille, un très joli amant de Mireille (poïe, poïe) que je connais de vue de Besançon, Isabelle l’habilleuse qui était très bavarde car elle était très émue elle aussi et Christelle Wurmser et son jeune amant.
C’était une belle et bonne soirée, "facile".
Je suis rentré tôt. »

« Vendredi 6 mai 1994
Paris. Chez moi. 9h30.
Le Cid car Martinet, à l’Athénée, m’a envoyé un mot pour parler de projets pour la saison suivante –ce qui n’est pas ridicule comme idée au vu de ce que je viens de dire !– et Le Cid fait partie de mes rêves d’enfant, et ne devrais-je pas me soucier de mes rêves d’enfant ? »

 

  L'Île des esclaves mis en scène par Jean-Luc Lagarce. Photo de Daniel Cande. Fonds BNF.
 
 
« Mercredi 29 juin 1994
Paris. Café Beaubourg. 19 heures environ
L’autre semaine, n’ai pas raconté cela, c’était le lendemain de la très belle soirée d’Orlando, suis allée voir Huis Clos à l’Athénée, mis en scène par Raskine. (C’est une reprise, ce fut un très beau succès.) Bon spectacle, efficace, loin de moi mais bien. Avec Marief Guittier, Marie-Christine Orry…

Me suis fait encercler très gentiment : il y avait une "fête" sur une terrasse sur le toit du théâtre. Martinet puis Michel m’ont invité et suis monté. C’était une très très bonne soirée. J’avais tort car je m’étais déjà couché tard la nuit précédente et je partais à Rennes le lendemain, mais j’étais très content d’être là. »

Nous aborderons les prochaines fois les mises en scène que Jean-Luc Lagarce a réalisées de Lulu et de La Cantatrice chauve.

En attendant, La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco mis en scène par Jean-Luc Lagarce se joue jusqu’au 3 février !

De mon côté, je suis toujours à 250 km au nord du cercle polaire d’où je vous joins une photo.
 

 
 
 
 
Clémence Hérout