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Partez à Tahiti !

Posté le : 02 déc. 2016 10:40 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : L'Île du rêve | + d'infos sur athenee-theatre.com

L’opéra L’Île du rêve commence mardi. Composé par le Français Reynaldo Hahn en 1891 (il n’avait alors que dix-sept ans !), il s’inspire du roman Le Mariage de Loti de Pierre Loti.

L’équipe artistique ayant souhaité refaire toute la scénographie du spectacle pour ces représentations à l’Athénée, j’ai voulu leur faire parler de ce travail : comment imagine-t-on une scénographie au tout début d’un projet artistique ? De quoi s’inspire-t-on ? À quoi doit-on réfléchir ? Comment construit-on concrètement le décor ?

Éléments de réponses avec Olivier Dhénin, le metteur en scène, et Amélie Lauret, collaboratrice artistique à la scénographie.

Olivier Dhénin : « Nous avons commencé à travailler environ un an avant la première. Pour L’Île du rêve, le plus dur a été précisément de représenter cette île du rêve : la dénomination est fatale, car les rêves sont toujours très personnels. Comment représenter un lieu qui n’a jamais existé que dans l’imagination ?
J’ai beaucoup écouté l’opéra, et relu le livret : il fallait d’abord trouver le lieu principal de l’œuvre à donner à voir sur scène. La première chose que nous avons cherché à faire, c’est donc de représenter Tahiti à l’époque de Pierre Loti.

Comme j’ai un esprit très pictural, j’ai cherché sur quel peintre m’appuyer – dans mes mises en scène, je cherche en effet à concevoir des tableaux. Je pense qu’on a besoin de belles images, car le spectacle est aussi un art de la contemplation. »


Amélie Lauret complète : « Nous avons commencé par mener un important travail de recherches pictographiques pour nous créer une base commune d’images où figurent les références que chacun imagine pour construire un dialogue »


Les premières images mobilisées pour L’Île du rêve sont des photographies de Gustave Viaud qui, comme son nom ne l’indique pas, est le frère de Pierre Loti. Olivier Dhénin et Amélie Lauret ont retrouvé quelques-unes de ses vues de Papeete prises avec un appareil photo exigeant des temps de pause d’environ un quart d’heure et datant de la fin du 19e siècle.

Gustave Viaud - Papeete, le bord de mer
Gustave Viaud - Papeete, le bord de mer




Paul-Émile Miot, officier de marine et photographe, a pris des images de Tahiti à peu près à la même époque, mais beaucoup, pour Olivier Dhénin, « correspondent vraiment à une vision européenne de Tahiti ». Quelques-unes de ces photographies sont projetées pendant le spectacle.

Paul-Émile Miot - Baie de Papetoai ou baie de Cook, Moréa
Paul-Émile Miot - Baie de Papetoai ou baie de Cook, Moréa



L’équipe trouve ensuite des tableaux de John Webber, qui a accompagné le navigateur James Cook dans sa troisième expédition dans le Pacifique de 1776 à 1779.

Plusieurs de ses peintures ont été reproduites sur des panneaux de Plexiglas disposés sur scène, donnant ainsi à voir une « image qui flotte dans cette sorte de boîte magique où une représentation de Tahiti apparaît, mais par un tableau d’il y a 250 ans reproduit sur un matériau contemporain » (Olivier Dhénin)


John Webber - View of Otapia Bay in Otaheite
John Webber - View of Otapia Bay in Otaheite



On pense souvent à Paul Gauguin quand on s’imagine Tahiti, mais Olivier Dhénin s’en est au contraire un peu éloigné : « s’il est important de s’appuyer sur différents mémoires et points de vue pour construire sa propre vision de Tahiti, créer des costumes directement inspirés de Gauguin aurait sans doute écrasé tout le reste. Cela dit, il a aussi fait des gravures où l’on retrouve un esprit très contemporain : c’est très brut, non amalgamé par les couleurs. 


Paul Gauguin - gravure destinée à illustrer son texte Noa Noa
Paul Gauguin - gravure Auti te pape, destinée à illustrer son texte Noa Noa


J’ai cependant gardé les poses de ses personnages, qui m’ont inspiré pour les actions du chœur au plateau : c’est dans cette léthargie, cette langueur que la part de Gauguin reste dans le spectacle. Ses tableaux apparaissent dans des tableaux corporels eux-mêmes insérés dans un tableau scénographique. Dans la scène du bal, les choristes prennent ainsi brièvement une pose reprenant un tableau de Gauguin.


Paul Gauguin - D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?
Paul Gauguin - D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?



Nous nous sommes aussi amusés à recréer un des tableaux en photo, avec une chanteuse et des figurants. »

Paul Gauguin - Ta Matete
Paul Gauguin - Ta Matete




 

 
Dans le dossier d’images de la compagnie, on trouve également des photos de Greg Semu, un photographe néozélandais dont le travail, d’après Olivier Dhénin, « à l’inverse de L’Île du Rêve qui déplace une culture occidentale dans l’univers de la Polynésie, transpose l’imagerie occidentale dans la culture océanique ».


Greg Semu - Autoportrait as La Pieta
Greg Semu - Autoportrait as La Pieta
Galerie Metropolis


Une fois l’esprit visuel de la scénographie déterminé, il faut pouvoir le traduire concrètement sur scène puis concevoir précisément le décor, le construire et le mettre en lumière. Rendez-vous la semaine prochaine pour suivre ces étapes. Et à mardi pour la première de L’Île du Rêve !

Bon week-end.

Clémence Hérout