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« 17 ans. Je ne les ai plus parce que tu les as. »

Posté le : 11 janv. 2017 11:30 | Posté par : Clémence Hérout
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Acteur, metteur en scène, professeur de théâtre, machiniste, accessoiriste, costumier, éclairagiste, peintre, Louis Jouvet a aussi été directeur du Théâtre de l’Athénée de 1934 à sa mort en 1951.

À partir de demain, vous pourrez voir au Théâtre Elvira (Elvire Jouvet 40), dont le texte a été conçu par Brigitte Jaques-Wajeman à partir de cours que Louis Jouvet a donnés au Conservatoire : il s’agit plus particulièrement de leçons dispensées en 1940 autour d’une scène de Dom Juan de Molière.

Louis Jouvet y sera interprété par Toni Servillo, que vous avez peut-être vu récemment dans les films La Grande Bellezza, La belle Endormie ou Gomorra, et bientôt dans Les Confessions (sortie fin janvier).


Pour moi, Louis Jouvet, c’est d’abord cette scène exceptionnelle du film L’Entrée des artistes de Marc Allégret (1938) où il joue un professeur de conservatoire aidant une élève à convaincre ses tuteurs de la laisser faire du théâtre :


(Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?v=ek8YSKd60u4)

 
C’est aussi cette photo de lui dans Les Bas-Fonds de Jean Renoir (1936), où il interprète un baron ruiné :


 

C’est encore ce texte, extrait de ses Témoignages sur le théâtre :

« Le comédien parle.
Le comédien pense ou écrit. Il ne saurait le faire avec pertinence. Il s’improvise penseur ou écrivain. C’est un faussaire aussi dans cet exercice. Mais, même l’improvisation ne s’improvise pas. Elle est un résultat et je me sens à ma table, devant mon papier, plus dépourvu que jamais.

On s’introduit dans un rôle, on s’y faufile, on agite le texte, on agit par astuce ; subrepticement on se substitue ; on se justifie d’idées qui viennent ensuite. Mais s’il s’agit de penser, de parler ou d’écrire, le comédien est livré à lui-même dans son néant. Sa nature et sa vocation sont d’être vide et creux, disponible, accessible, vacant, habitable. Qu’il s’entende parler ou qu’il lise ses propos, le voilà anéanti.

Ce n’est pas son métier.

Et, par une curieuse ironie, cet homme fait pour parler, dont la mission est de parler, est incapable de le faire pour son compte. C’est qu’il ne le fait que pour le compte des autres. Il agit d’ailleurs, la plupart du temps, avec d’autres sentiments qui ne sont pas exactement ceux qui ont inspiré ce texte, avec des pensées, des idées étrangères, qui lui sont personnelles ; il en tire des explications qui n’ont rien à voir avec les paroles écrites. […]

Auteur qui écrit, acteur qui s’anime, spectateur qui écoute, et lecteur, commentent chacun à sa façon. […]

Le comédien s’appuie sur son texte. Ce texte qu’il fait sien jusqu’à ce point même qu’il le prend à son compte par une expropriation obligée, qu’il s’en croit créateur. […] Ainsi il a l’illusion – parmi tant d’autres qu’il subit et qu’il procure –, il a, dis-je, l’illusion de penser, de parler, de dire. […] Il a une façon de penser qui est de sentir haut. »

À demain pour la première d’Elvira !
 
Clémence Hérout