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Entretien

Le chant des oiseaux

Posté le : 03 avr. 2018 06:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : la cantatrice chauve | + d'infos sur athenee-theatre.com

L’opéra La Conférence des oiseaux commence vendredi à l’Athénée. Son compositeur Michael Lévinas m’a accordé un entretien, à découvrir en deux parties :


« – Comment avez-vous travaillé le rapport entre langue française, musique et cri des oiseaux dans La Conférence des oiseaux ?

Ce travail sur La Conférence des oiseaux prolonge une préoccupation musicale qui m’a guidé depuis longtemps : faire entendre la relation étroite des instruments avec le corps et la voix tout en cherchant l’essence originaire de l’instrument. J’y entendais comme un lien au monde animal – un peu comme on peut le voir dans les œuvres de Jérôme Bosch.
Ainsi, dans La Conférence des oiseaux, j’ai relié l’imaginaire de la voix animale de l’oiseau et des prononciations fantasmatiques du monde animal à la vocalité du texte. Beaucoup plus tard, j’ai poursuivi l’intuition qui a inspiré La Conférence des oiseaux puisque, dans beaucoup de mes opéras, j’ai fait entendre la relation des phonèmes entre eux ainsi que le déplacement de la prosodie en mettant en évidence le rôle percussif des consonnes et un véritable chant des voyelles : une déclamation sans doute presque lettriste de la langue, mais aussi de la mélodie.


– Pourriez-vous mieux expliquer votre appréhension des consonnes et voyelles ?

– J’entends dans la langue française la puissance des lettres dans leur prononciation et leur déclamation. C’est ainsi que j’ai utilisé l’ancien français dans ma dernière œuvre, La Passion selon Marc. La Conférence des oiseaux se situe dans cette trajectoire, très loin, il est vrai du Chant des oiseaux d’Olivier Messiaen. Il était présent dans la salle à la création. J’entends le chant de l’oiseau comme un cri effrayé, quand bien même il génère aussi le mélodieux. Mon écriture mélodique repose dans tous mes opéras sur la prosodie de la langue française, mais aussi sur sens de la phrase.

 

 (c) Pascal Chantier

 
– Dans l’un de vos textes, vous avez employé l’expression de “cri chant” : que signifie-t-elle ?

– C’est ainsi que j’ai défini la vocalité de La Conférence des oiseaux. Elle s’éloignait du théâtre musical, car il ne s’agissait déjà plus de structures théâtrales basées sur la déconstruction narrative, mais sur une syntaxe de la langue qui restructure la relation entre la phrase syntaxique et la mélodie, le lien entre narrativité et forme lyrique.


– Vous avez expliqué que l’œuvre présentait de similitudes avec les fondus enchaînés au cinéma, pouvez-vous en dire plus ?

– C’est une forme théâtrale et lyrique marquée par l’art cinématographique et radiophonique. Se substitue à la notion de succession de scènes une métamorphose de l’espace et des personnages, en suivant la technique du fondu enchaîné.
C’est ainsi qu’un espace et un climat d’une scène laissent place lentement au climat d’une autre scène, dans une conception très proche de ce qu’on voit chez Antonioni ou dans des formes qui m’avaient marqué du cinéma surréaliste du Luis Buñuel des années 1930. L’œuvre avance par cette métamorphose des objets, espaces, lieux et figures. Dans La Conférence des oiseaux, le périmètre théâtral sort ainsi de son champ spatial et du classicisme de la scène. »


Pour voir sortir le théâtre de son périmètre, c’est du 6 au 11 avril à l’Athénée ! La Conférence des oiseaux y est mise en scène par Lilo Baur et dirigée par Pierre Roullier.


 
Clémence Hérout

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