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Entretien

La vieille au bois dormant

Posté le : 27 oct. 2016 05:55 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : L'Asticot de Shakespeare | + d'infos sur athenee-theatre.com

Vendredi 14 octobre, j’ai publié sur le blog la première partie de mon entretien avec Clémence Massart, qui joue L’Asticot de Shakespeare en même temps que La Danse du diable et Le Bac 68 de Philippe Caubère à l’Athénée.
 
Nous nous étions arrêtées sur sa collaboration avec le Théâtre du Soleil dirigé par Ariane Mnouchkine :
 
 
« – Que vous a appris Ariane Mnouchkine ?

– Elle m’a appris une certaine idée du théâtre, une haute idée de l’acteur, exigeante, l’acteur qui serait le centre du théâtre. Puis le plaisir de jouer, avec la notion d’un théâtre pour tous.


– Qu’est-ce qui vous a plu dans la compagnie du Footsbarn Theater, que vous avez rejoint ensuite ?

– J’ai retrouvé quelque chose d’éternel chez eux : un sens poétique, une aristocratie du théâtre rural que seuls les Anglais savent faire. Ils montaient les pièces de Shakespeare dans la campagne de Cornouailles, sous chapiteau, dans des cours de lycées, dans la rue… Ils avaient des idées poétiques et interprétaient Shakespeare de manière à la fois libre et fidèle à son esprit.
J’ai aimé ce savoir-faire du théâtre, ce savoir-faire avec rien, de savoir s’accorder une grande liberté tout en s’inscrivant dans une tradition. Et puis ils sont des voyageurs. Je les ai rejoints en Afrique, puis nous avons joué Shakespeare en anglais en Inde, en Irlande, à Paris, et Molière en français en France, en Irlande et en Afrique.


– C’est justement avec le Footsbarn Theater que vous avez créé L’Asticot. D’où est venue l’idée de monter un spectacle drôle sur la mort ?

Ce n’était pas le but initial. J’avais quitté le Footsbarn Theater avec qui j’avais bien joué, et bien vécu. On s’est amusés comme des fous. Mais certains projets ne me plaisaient plus. J’avais besoin de reprendre des risques et de travailler à nouveau sur un théâtre où je m’impliquais davantage. Le temps passait, je vieillissais. Je n’avais plus le temps de traîner, de me tromper comme autrefois. Car à l’inverse de ce que le théâtre de l’Athénée affiche dans le métro, "rater mieux", je n’ai plus le droit ni le temps de rater. Au contraire, "il faut faire mouche" à présent, vous dirait l’asticot ! Continuer à prendre des risques, mais pas n’importe lesquels.

Alors le Footsbarn a été invité au Théâtre du Globe à Londres. Quand je l’ai appris, je leur ai dit : "Là, je viens avec vous !" J’avais joué Don Juan à l’Athénée avec eux, il fallait jouer au Globe ! Ils avaient besoin de toutes les forces vives. J’ai eu l’idée de ce personnage, souvent cité dans l’œuvre de Shakespeare. Je lui ai donné corps. Et le costume blanc que j’avais imaginé a été bricolé dans l’atelier d’accessoires du Footsbarn avec Freddie et sa fille Sophie. J’avais deux interventions chantées en anglais au sein d’une célébration païenne du grand William. Au Globe, ce petit asticot a tout de suite fait mouche, plébiscité par le public et la critique. Comme la mascotte du régiment. 

En revenant, j’ai dit à ma mère : "ce petit asticot a plu aux Anglais, il pourrait m’amener quelque part. Pourquoi ne ferais-je pas avec lui un spectacle sur la Mort ?". D’autant que j’avais fait un spectacle sur l’amour, Que je t’aime ! puis un spectacle sur la vieillesse, La Vieille au bois dormant. Ma mère n’a pas répondu. Un mois après, elle m’annonçait qu’elle avait un cancer du poumon. Elle est morte un an plus tard, trois mois avant que L’Asticot ne reparte au Globe pour une seconde fois célébrer Shakespeare. L’année suivante, je recréais L’Asticot de Shakespeare à Toulouse, au merveilleux Théâtre Daniel Sorano.


– Pourquoi avez-vous mélangé français et anglais dans votre Asticot de Shakespeare ?

– En anglais parce que L’Asticot est celui de Shakespeare, il est né à Londres au Théâtre du Globe, son nom est Mistress Maggot ou bien Lady Worm (Madame Ver). Et en français pour jouer en France, pardi ! »


Ne tardez pas à aller voir L’Asticot de Shakespare : c’est jusqu’au 20 novembre dans la petite salle Christian Bérard de l’Athénée.

À bientôt !

Clémence Hérout